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John Bost

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Béthesda

« Il y a à Jérusalem, au marché aux brebis, un lavoir, appelé, en hébreu Béthesda, ayant cinq portiques, dans lesquels étaient couchés un grand nombre de malades, d'aveugles, de boiteux, et de gens qui avaient les membres secs, attendant le mouvement de l'eau. Car un ange descendait en certains temps au lavoir, et troublait l'eau : et alors le premier qui descendait au lavoir après que l'eau en avait été troublée, était guéri, de quelque maladie qu'il fût détenu.

Or il y avait là un homme malade depuis trente-huit ans. Et Jésus le voyant couché par terre, et connaissant qu'il avait déjà été là longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? »

Le malade lui répondit : « Seigneur ! je n'ai personne qui me jette au lavoir quand l'eau est troublée; et pendant que j'y viens, un autre y descend avant moi. »

Jésus lui dit : « Lève-toi, charge ton petit lit, et marche ». Et sur-le-champ l'homme fut guéri, et chargea son petit lit, et il marchait. »

(Évangile de Jean, 5, 2-8)

En grec : Βηθεσδά

Inauguration : le 1er janvier 1855.

Béthesda a été reconstruit.


Rapport sur les Asiles de Laforce
(1878)
Béthesda

Asile pour des jeunes filles :
1° infirmes ou incurables ;
2° aveugles ou menacées de cécité ;
3° idiotes, imbéciles ou faibles d'esprit.



Quelle dure école que celle de la souffrance ! C'est bien le cri qui s'échappe de notre cœur chaque fois que nous franchissons le seuil de Béthesda. Rangées en bon ordre, vêtues de vêtements propres, soit à l'ouvroir, soit à l'école, ou étendues sur un lit de souffrances dans les infirmeries, nous voyons des jeunes filles aveugles, incurables, infirmes, faibles d'intelligence, mats qui toutes ont le sentiment de leur malheur. Incurable ! quel mot affreux. « Je suis jeune, je voudrais vivre dans la société, gagner ma vie. À quoi me sert ma jeunesse ? Je suis percluse de tous mes membres, je ne guérirai jamais, mes yeux sont voilés pour toujours ! » Tel est le cri qui s'échappe du cœur oppressé de nos chères enfants ; ce cri ne cessera que par la soumission à la volonté de Dieu et lorsqu'elles l'auront reconnue « bonne, agréable et parfaite ». Heureux sommes-nous de pouvoir ajouter que chez plusieurs nous avons trouvé cette confiance qui est le remède aux grands maux.

Béthesda compte à ce jour cent deux pensionnaires. La maison est pleine; il n'y a plus de place. De nombreuses demandes d'admission nous sont adressées, et plusieurs infirmes attendent avec impatience qu'il y ait une place vide. Dans peu de temps nous en aurons par le départ de vingt-quatre idiotes qui entreront dans la Miséricorde.

Les infirmités les plus diverses, les plus tristes, se sont donné rendez-vous sous notre toit, Quelques unes de nos malades sont atteintes de paralysies complètes ou partielles et passent leurs journées assises dans de petites voitures ; les autres sont couvertes de scrofules qui ont envahi leur être tout entier et les menacent de cécité. Ici on voit une enfant sans mains faisant de la tapisserie et qui, pour se reposer, passe quelques heures à l'étude à écrire, à lire. Dans un coin obscur, — pour elles il n'y a pas de jour, — nos aveugles écrivent, lisent, ou sont occupées à leurs charmants ouvrages, au filet ou au tricot. Plus loin, nos grandes filles fortes, mais estropiées, font les robes, la lingerie de leurs camarades, ou bien de petits ouvrages de fantaisie.

Dans une salle attenante à l'ouvroir, se trouvent les idiotes propres qui peuvent s'occuper un peu aux travaux de la maison. En dehors de leur vie active, elles tricotent des bas ou des gilets de laine. Parmi elles on découvre des visages frais, des traits réguliers, de la finesse. Il est facile de voir qu'elles appartiennent à des familles d'un rang plus élevé. Hélas ! elles sont orphelines, ou si leurs parents vivent encore, ils ont dû se séparer de leurs filles par des circonstances impérieuses.

Après avoir traversé cette salle, nous trouvons une petite classe où sont réunies nos idiotes susceptibles de quelque développement intellectuel. Les murs sont recouverte de tableaux qui représentent des sujets de l'Histoire sainte ou d'Histoire naturelle. Sur leurs pupitres se trouvent leurs cahiers : elles font quelques progrès; les unes ont appris à lire, alors même qu'elles avaient été déclarées idiotes sans espérance de développement. On voit ici une petite fille dont la tête est microscopique; là, une tête énorme, dans laquelle le cerveau occupe une très-petite place. Ces enfants sont propres, assidues à leurs leçons. Il ne faut pas être trop exigeant, ni croire que des créatures si incomplètes pourront jamais rentrer dans la vie privée. Elles végéteront toujours, et ne pourront dépasser un certain degré d'instruction. Peut-être même y aura-t-il, au bout d'un temps, dégénérescence dans les facultés; cela est arrivé dans plusieurs cas.

Au premier étage sont nos infirmeries : elles sont remplies. Malgré nos précautions, nos soins et la flanelle dont elles sont couvertes, l'hiver leur est toujours funeste, Les scrofules se localisent, amènent des abcès, il faut garder le lit : elles ne peuvent bouger. Celles dont les mains restent libres font de la tapisserie ou du crochet, des ouvrages qui les distrayent et fixent leur esprit sur des objets autres que leurs misères. Combien il importe de donner de la distraction à ces chères malades, confinées pendant de longs mois dans une infirmerie, sans autre société que celle de leurs compagnes d'infortune.

Dans un corps de logis, presque séparé des autres, se trouvent les pauvres êtres arrivés au dernier degré de l'idiotie. Tous nos moyens d'action sur leur intelligence sont nuls. Pouvons-nous atteindre leur cœur, leur âme ? Nous ne le savons. Elles sont entourées de tous nos soins; rien n'est négligé pour les tenir toujours dans un état de propreté. Elles passent leurs journées entières assises sur de petites chaises particulières. Celles qui ont encore l'usage de leurs membres se promènent dans une partie du jardin qui leur a été réservée. Ce sont les idiotes qui sont destinées à La Miséricorde; nous en parlerons plus tard.

Entrons maintenant dans la classe : nous y voyons des cahiers propres et bien tenus; des tableaux noirs où sont posés quelques problèmes, des cartes de géographie, des tableaux de musique et autres recouvrent les murs. C'est la classe de nos infirmes intelligentes. Les progrès ont été sensibles chez plusieurs et les résultats très satisfaisants. Arrivées à un degré d'instruction convenable, nos infirmes quittent la classe pour passer leurs journées à l'ouvroir.

De fort jolis travaux ont été exécutés par ces mains frêles et tremblantes. Nos visiteurs sont toujours dans le ravissement de tout ce qu'ils voient en fait d'ouvrages au crochet, de tapisserie, broderie et lingerie. Aussi n'avons-nous pas hésité à faire travailler La Famille, Béthesda et Ében-Hézer, en vue de la prochaine Exposition. Le comité établi à Périgueux, après avoir vu les ouvrages, confectionnés dans nos Asiles, décida à l'unanimité de leur donner une place dans la série « Confection d'ouvrages faits dans les orphelinats ».

De grands tapis avec application de drap brodé par-dessus, des tapis de grandeur semblable en tapisserie, des rideaux au filet, des petits manteaux tricotés, de la lingerie fine, de là vannerie en rotin et ficelle, etc., etc., seront exposés à la vitrine : « Asiles de Laforce. » Nos amis les plus circonspects pour ce genre de publicité, m'ont engagé à nous faire représenter à Paris, après le succès que nous avions obtenu à Vienne.

N'oublions pas notre visite dans les dortoirs, où nous voyons tous les lits recouverts de housses blanches. Enfin descendons dans la cuisine, où un beau fourneau sert à préparer les aliments pour 115 personnes. « Que cela sent bon ! » nous disaient ces derniers jours bien des visiteurs. Oui, on peut prendre en toute confiance la nourriture dans nos asiles : elle est substantielle et d'excellente qualité.

Déjeuner à huit heures : soupe ou lait : dîner à midi, d'un bon ordinaire : souper à cinq heures et demie avec soupe ou fruits cuits.

Nous rappelons à nos amis que les infirmes, les aveugles, les idiotes, vivent toutes ensemble. Elles s'entr'aident : les idiotes portent les infirmes, ou les mènent dans leurs petites voitures; les aveugles soutiennent les malades à la promenade, pendant que celles-ci dirigent leurs pas. Les idiotes, au contact des malades et des aveugles, se développent sensiblement : leur intelligence s'ouvre.

Des chants retentissent à toutes les extrémités des jardins. Ces jardins sont charmants : des arbres fruitiers, d'autres toujours verts, ombragent et égayent cette famille d'affligés.

Que d'amis ont emporté de cet asile un souvenir béni ! ils venaient avec le pressentiment qu'ils allaient se trouver en présence de visages sombres, de caractères aigris par la souffrance. En quittant Béthesda, ils s'arrêtaient sur le seuil de la porte, émus, sans doute, mais disant : « Ce Béthesda est l'emblème de la sérénité, de la paix, du bonheur : on sourit, on chante, on travaille, il y a de la gaieté partout. »

Nous avons vu disparaître pour les demeures éternelles trois chères jeunes filles. L'une d'elles n'avait vécu que pour souffrir : bossue, contrefaite, rachitique, elle passait ses journées étendue sur une petite voiture. Elle était, sinon l'objet d'un culte, du moins le centre de réunion de tout Béthesda. Elle est morte dans de cruelles souffrances, endurées avec une patience qui a été en édification à toutes ses amies et à tous ceux qui entouraient son lit d'agonie.

Pour nous qui dirigeons l'œuvre, ce n'est jamais sans la plus vive émotion que nous assistons aux funérailles de nos enfants. Le cercueil est déposé dans la grande salle, il est couvert de guirlandes. Les amies intimes de la défunte portent des couronnes qu'elles déposeront sur la tombe. La vue de toutes ces chères créatures recueillies, debout aujourd'hui, demain ?.. nous ne savons : soutenues sur leurs béquilles, assises dans leurs petites voitures, cachant difficilement les sentiments qui remplissent leurs cœurs, et qui peuvent se traduire par ces mots : « Mon tour viendra bientôt, suis-je prête pour le ciel ? » Cette vue fend le cœur. À chacun de ces décès nous nous écrions, la directrice, toutes ses aides et le directeur : « Avons-nous fait tout ce qui était en notre pouvoir pour adoucir les maux de cette enfant et la soutenir dans ses souffrances ? » Qu'il me soit permis de rendre ici un témoignage public à nos chères directrices pour les soins incessants qu'elles donnent de jour, de nuit à ces enfants, les aimant comme des mères savent aimer.

Les Asiles de Laforce
(1878)
Asiles de Laforce : liste des bâtiments & résidents

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Notice historique de la fondation des Asiles de Laforce par John Bost (1878)

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