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John Bost

  John Bost > par le pasteur Élie Robin

photo John Bost





M. le pasteur Bost
Bulletin de la Société générale des prisons
(1882)




Le nom du pasteur John Bost est connu en Europe et en Amérique, comme celui d'un philanthrope chrétien doué d'une rare persévérance et d'un zèle évangélique infatigable pour le soulagement de toutes les infortunes morales et physiques qui affligent notre humanité. Il a peu écrit, mais il a agi beaucoup. Nous n'avons de lui que les comptes rendus pleins de charme et d'une chaleur entraînante qu'il publiait chaque année, mais les nombreux asiles qu'il a fondés restent comme un fruit de son activité extraordinaire. Aussi est-il du nombre de ces hommes privilégiés dont l'œuvre féconde leur survit.

Le seul moyen de faire connaître cet homme de bien aux membres de la Société générale des Prisons, dont il fut l'un des premiers adhérents, est de raconter, en quelques mots rapides ce qu'il a fait : l'histoire des institutions charitables qu'il a fondées est le meilleur éloge que nous puissions faire de lui.

La première en date, est la Famille évangélique : elle avait pour objet l'enfance abandonnée et malheureuse. C'est en 1846 que John Bost jetait les fondements de cet asile qui s'ouvrit deux ans après. L'établissement situé sur un plateau dominant le pittoresque panorama de la Dordogne, non loin de Bergerac, est destiné à recevoir des orphelines de tout âge, exposées, dès leur plus tendre enfance, aux dangers de la corruption. Ces jeunes filles y reçoivent une bonne instruction primaire, en même temps qu'elles apprennent la couture et les soins du ménage. Elles sont ensuite placées comme domestiques dans des familles recommandables. La maison en contient de 90 à 100.

Jusque-là M. Bost n'avait fait que marcher dans la voie déjà ouverte par tant de personnes charitables qui se sont vouées à l'éducation de l'enfance malheureuse.

Mais, une fois entré dans cette voie, il ne devait plus s'arrêter. Après le soulagement des misères morales, vint celui des misères physiques de toute nature. À côté de la Famille évangélique il fondait un second asile, en 1855, pour les jeunes filles infirmes, aveugles, incurables et idiotes. Il appela cet asile Béthesda, d'un nom emprunté à la Bible. L'air pur, ce grand réparateur pour les natures débilitées, un travail modéré, des soins affectueux et un régime fortifiant ont opéré de vrais miracles de reconstitution physique et de développement intellectuel. Cette seconde maison contient 102 pensionnaires.

C'était bien pour les filles. Mais les garçons ? M. Bost ne fera-t-il rien pour eux ? C'est ici que nous assistons aux entraînements de la charité de ces hommes hors ligne, et de cet excellent chrétien, car c'était dans la foi évangélique qu'il puisait toutes les ardeurs de son zèle.

Pour le pasteur Bost, la réponse ne pouvait être douteuse. Il fonda, en 1858, son troisième asile, sous le nom de Siloé, à quelques kilomètres de là, au milieu de la campagne. L'établissement entouré d'un jardin et d'une prairie bordée par un cours d'eau ombragé d'arbres touffus offre un aspect charmant : il abrite les mêmes infortunes que celui des filles. Les mêmes soins, le même régime, le travail des champs, ont été pour les jeunes aveugles incurables, infirmes et idiots, dans ce séjour réparateur, un même moyen de soulagement à leur souffrance. Cette troisième maison contient 90 pensionnaires.

John Bost ne devait pas s'arrêter là. En dressant la liste de ces misères physiques si grandes et presque sans espoir, le pasteur Bost s'aperçut qu'il en était une qui n'y avait pas trouvé place. C'était l'épilepsie, cette maladie terrible contre laquelle la science est impuissante. Les malheureux épileptiques n'avaient pu être admis dans ces asiles, en raison du trouble que leur maladie aurait apporté parmi les autres pensionnaires : ne pourrait-il rien pour eux ?

On devine que, pour cet homme de foi, la question ainsi posée était déjà résolue.

Il ouvrit successivement deux asiles nouveaux : un pour les filles en 1862, et un pour les garçons en 1863. Il appela celui des filles : Ében-Hézer (la pierre du secours), et celui des garçons : Béthel (la maison de Dieu), encore deux noms bibliques qui rappellent à quelle source le pasteur puisait sa confiance et ses généreuses inspirations. Celui des filles était situé sur le plateau à côté de l'asile des aveugles et des infirmes. Celui des garçons dans la plaine non loin de Siloé.

Les jeunes filles, dans leurs moments de calme, se livrent à des travaux de couture ou assistent à l'école, les jeunes garçons font de la vannerie et ont aussi leurs heures de classe. La promenade, le grand air ont amené une améliorât ion inattendue dans l'état de plusieurs de ces pauvres malades. Les deux maisons contiennent ensemble 80 pensionnaires.

Une pratique attentive apprit bientôt à M. Bost que, si l'épilepsie et l'idiotisme peuvent être atténués par des soins intelligents et affectueux, il est des cas désespérés qui conduisent à l'hébétement et à la folie furieuse. Que faire de ces malades dangereux ? Les garder avec ceux qui sont en voie de guérison ? Impossible. Les renvoyer sans pitié ? Plus impossible encore. C'est ainsi que M. Bost ouvrit encore pour cette double catégorie de malheureux, dont l'infortune est d'autant plus grande qu'elle est sans espoir, deux autres maisons. Il les appela de deux noms significatifs : Il nomma celle des filles : La Miséricorde, fondée en 1873, et celle des garçons : La Compassion, fondée en 1880. Noms touchants ! qui nous disent si bien quelle a été l'émotion profonde de cet homme compatissant à la vue de l'infortune humaine ! Ces deux maisons, installées comme les premières au milieu de la verdure et des fleurs, permirent de traiter à part et d'adoucir encore, dans une certaine mesure, les souffrances de ces malheureux.

Pendant que M. Bost était entraîné par cette logique de l'amour infatigable qui dévorait son âme, et qu'il s'évertuait à soulager ces grandes misères physiques, il n'oublia pas un seul instant les misères morales qui avaient été l'objet des premiers actes de sa charité. La série de ses asiles n'aurait pas été complète, s'il n'avait ménagé un abri à une autre catégorie de personnes malheureuses, celles qui souffrent de l'isolement et de la pauvreté après une vie de dévouement et de labeur.

C'est ainsi qu'il fut amené à fonder deux autres maisons : la première pour les institutrices pauvres et isolées et la deuxième pour les servantes et les veuves sans famille. Il appela l'asile des institutrices fondé en 1875 : Le Repos, et celui des servantes fondé en 1878 : La Retraite.

Ces neuf asiles comprenaient, au mois d'avril 1881, date du dernier compte rendu de l'œuvre, 392 pensionnaires avec un personnel de 57 employés, en tout 449 personnes pour lesquelles il avait été dépensé, pendant l'année, 250,000 francs, dont 25,000 francs pour achat de blé.

Ce qu'une telle réunion d'œuvres charitables représente de travail, de lettres à écrire, d'appels à adresser, de discours, de conférences, de voyages et d'efforts constants est facile à deviner ! Aussi le pasteur Bost s'est-il rapidement usé dans ce travail incessant, vraiment immense pour un seul homme. Né en 1817, en Suisse, d'une famille de réfugiés protestants français du Dauphiné, il est mort le 1er novembre 1881 à Paris, âgé de 63 ans.

Son œuvre n'est pas restée ignorée. Les asiles de La force ont attiré l'attention du public et des philanthropes, en même temps que celle de l'autorité. En 1866, une première distinction venait trouver M. Bost au milieu de ses asiles : sur la proposition du sous-préfet de Bergerac, il était nommé chevalier de la Légion d'honneur : en 1877, les asiles étaient reconnus comme établissements d'utilité publique, et, en 1881, l'Académie décernait à leur fondateur le prix Montyon.

L'œuvre de John Bost vivra après lui. Vers la fin de 1881, et comme s'il eut pressenti qu'il allait manquer à ses nombreux protégés, il fit, par un acte public, cession de ses droits de propriété sur les asiles de La force, à un Conseil d'administration, qui a pris la direction de cette belle œuvre dont il avait doté le protestantisme français, en laissant à ses coreligionnaires et à tous les hommes de cœur un bel exemple à imiter.

Pasteur Élie Robin
John Bost : index des documents

portraits de John Bost : photographies & gravures

Notice historique de la fondation des Asiles de Laforce par John Bost (1878)

L'Église chrétienne considérée comme Asile de la souffrance : thèse de John Bost présentée à la faculté de théologie de Montauban (1880)

Asiles de Laforce en 1878 : liste des bâtiments & résidents

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Jubilé cinquantenaire des Asiles de La Force (1848-1898)

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