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La Malouine, Dinard

En 1865, le duc Gaston d'Audiffret-Pasquier (royaliste, il sera président de l'Assemblée nationale en 1875, puis président du Sénat, de 1876 à 1879) achète une vaste propriété en bord de mer, entre Saint-Énogat et l'Écluse. Il fait construire un château qu'il baptise La Malouine (le château sera détruit pendant la seconde guerre mondiale).

En 1879, Auguste Poussineau (1831-1910) achète le parc et y fait construire des villas bourgeoises. Il fait appel à l'architecte briochin Alexandre Angier qui réalise plusieurs villas comme Belle Assise, Roche-Plate, Roche-Brune et Bel-Esbat : certains lots sont vendus non bâtis. Le lotissement était clôturé par une grille en fer forgé située à l'entrée de l'actuelle avenue Poussineau.

Son frère, Émile Poussineau (1841-1930), est l'un des plus grands couturiers de son époque. Il signe ses créations sous le nom de Félix Poussineau. Il fait construire à la fin du XIXe siècle, la villa Les Roches brunes, à la pointe de la Malouine.

Notes :
- voir Wikipédia : Gaston d'Audiffret-Pasquier

- voir carte IGN & vue satellite : la Malouine

- voir Google maps : avenue Poussineau

- voir Apic : photos des villas de la Malouine

Office du tourisme de Dinard

Laissez vous conter la pointe de la Malouine

ville de Dinard

Carte postale de la Malouine, Dinard

À l'extrémité de la pointe de la Malouine (à gauche), Les Roches brunes, villa de Félix Poussineau
plan de la Malouine en 1897

Plan de Dinard (1897)

villas
77 - Les Buissons, villa d'Auguste Poussineau
85 - Les Roches brunes, villa de Félix Poussineau
89 - château de la Malouine
91 - La Sapinière, villa du docteur Rodolphe Noack

La pointe du Grouin est appelée aujourd'hui pointe de la Malouine.

Temple d'amour

(extrait)
par Rémy Saint-Maurice


Ce qu'on appelle à Dinard « la Malouine » compose comme une cité à part. C'est le petit faubourg patricien, isolé des caravansérails cosmopolites. De l'intérieur de la Malouine, on ne soupçonnerait point la mer : on se croirait aisément en quelque coin, le plus frais et le plus fleuri, de la Muette ou de Passy. Le bris des vagues, tout proche, semble un brouhaha de grande ville qui parviendrait de très loin par résonances assourdies. Les boulevards, — avenue de Cézembre, avenue Poussineau, allée des Douaniers, — s'alignent entre un double rang ininterrompu de grilles forgées qu'escaladent en frondaisons touffues la vigne vierge, la glycine et la rosé trémière. Derrière, les arbres poussent à pleine sève, en futaies : le vernis du Japon près du platane, le chêne avec l'acacia. À intervalles égaux, les habitations surgissent, lumineuses, entre ces bouquets de verdure et d'ombre. La plupart sont de même modèle. La brique y domine. Le style bâtard, prétentieux, tire au clinquant. Presque partout, cette profusion de tourelles et de pignons qui caractérise le faux renaissance : de petites vitres plombées, des portes de citronnier verni, des auvens de boiserie brou de noix surmontés d'un enfaîtement de genre japonais, en tuile émaillée, vert olive ou jaune orange, qui tire l'œil. Sous les corniches, des frises en briques plates, d'émail pareil. Un panonceau de porcelaine azur, fiché à l'auvent, porte sur liston diagonal blanc le nom de chaque villa. Les appellations se ramènent toutes à la même banalité bourgeoise : Bon-Repos, Belle-Vue, Roches-Noires. Cela sent l'entreprise commerciale, la pauvreté d'imagination du spéculateur en bâtisses. Ça et là, une note plus originale rompt la monotonie. Une véranda hindoue, en bambous couleur cinabre, avec son toit de pagode à moulures d'or enchevêtrées, met un coloris aveuglant parmi des fusées de plantes exotiques. Ce n'est plus alors de Passy que l'on songe, mais, sous ce bleu profond qu'a le ciel, de quelque avenue à l'européenne de Saïgon ou de Colombo. Cette portion de la côte bretonne est d'ailleurs épargnée par l'hiver. L'aloès y prospère comme en Provence : un peu plus loin, voici,avec ses allées de gravier fin, ses pelouses tondues à la loupe, une demeure aristocratique : la pierre de taille, le perron de marbre, les contrevens ou les volets, tout y est blanc, jusqu'à l'ardoise, à laquelle le ruissellement solaire prête des reflets crayeux.

Vue du large, la Malouine apparaît comme un promontoire boisé, criblant le ciel de ses toits en flèche entre les deux plages sœurs de Dinard et de Saint-Énogat. L'aspect en est élégant et mignard. Le premier rang des villas s'élève presque à pic sur la mer. Des terrasses à balustres couronnent la falaise dans laquelle les propriétaires ont taillé rampes et escaliers. En bas, la roche rougeâtre, mouchetée de goémons, laisse glisser la lame en la brisant. L'île Cézembre allonge à l'horizon nord son mur de granit sur un liséré de sable blond.

Rémy Saint-Maurice
Revue des deux mondes
juillet 1897
Auguste Poussineau : hommage par le maire de Dinard (1910)

Gustave Poussineau : portraits & documents

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