Mon arrière-grand-père, Joseph Jackson, est né en 1735. li fit le commerce à Blackburn (ville d'Angleterre
à 37 kilomètres sud-est de Lancastre, connue pour ses grandes fabriques de tissus de coton), puis se retira comme gentleman famer, à Ribbleton,
près de Preston (à 3 kilomètres sud de Lancastre), après avoir réalisé une fortune très honnête. Il était frugal et tempérant et ne buvait
que de l'eau ; il conserva toutes ses facultés jusqu'à sa mort. Il se maria quatre fois : la dernière fois il épousa, le 4 décembre 1805,
âgé de soixante-dix ans, une veuve de quarante ans qui avait eu douze enfants ; elle vivait encore en 1841 à Lancastre. Particularité curieuse
: M. Joseph avait autrefois refusé de consentir au mariage de l'un de ses fils, mon père ne dit pas lequel, avec cette dame, alors qu'elle
était jeune fille. Il n'est pas très étonnant, surtout si c'est de sa quatrième femme qu'il eut son dernier fils, qu'une différence de cinquante
ans existât ainsi entre le premier elle dernier enfant de mon arrière-grand-père. Il mourut le 44 février 1813 (1) (mon
père dit : à quatre-vingt-trois ou quatre-vingt-quatre ans), à Lancastre où il est enterré. Son père était très corpulent voilà tout ce que
je sais de ce dernier.
Combien Joseph laissa-t-il d'enfants ? Mon père en cite trois par rang d'âge : Mary, dont le second mari, Roger Wood, exerçait
un commerce modeste. Elle-même en 1825, étant sans doute déjà veuve, exploitait à Blackburn une fabrique de calicots qui lui appartenait et
dont l'importance ne devait pas être très considérable. Elle mourut dans cette ville le 22 septembre 1828 sans postérité, laissant ses biens
à son frère James.
Celui-ci était le second (?) enfant de Joseph j'en reparlerai plus loin.
Le dernier s'appelait William, dont mon père dit seulement qu'il vivait à Lancastre en 1841 et qu'il avait hérité par testament de la fortune
de Joseph Jackson.
J'ai lieu de croire que celui-ci avait encore un fils qui a appartenu à l'armée anglaise. Je possède eu effet le brouillon d'une lettre écrite
très probablement en janvier 1818 par mon grand-père, James, à une nièce il se préoccupe vivement d'un projet
d'expédition que va exécuter le père de celle-ci, qu'il appelle à plusieurs reprises : « le général, mon frère. » Il paraît
avoir beaucoup d'affection et d'estime pour ce frère. Des renseignements pris récemment au War Office me font croire qu'il s'appelait Alexander
Cosby Jackson ; que c'est lui qui a été nommé enseigne au 27e régiment d'infanterie le 25 juin 1789 ; lieutenant dans le même corps
le 30 novembre 1791 ; capitaine le 19 mars 1794 dans un corps indépendant et quelques mois après dans le 94e d'infanterie ; major
le 23 décembre 1795 d'abord au même régiment, puis au 40e, ensuite au 67e de la même arme ; lieutenant-colonel brevet le 1er janvier
1801, puis au 66e d'infanterie ; colonel brevet le 25 juillet 1810 ; major général le 4 juin 1813 ; enfin lieutenant général
le 27 mai 1825. Il est mort en 1827.
La lettre de mon grand-père dont j'ai parlé plus haut semble indiquer que le général a rempli dans le nord de l'Afrique diverses missions
dont la nature m'échappe, mais qui n'ont pas toujours été militaires, du moins celle qui est en projet. Enfin mon aïeul adresse sa lettre
à sa nièce Asuncion, et y parle d'un jeune Pepe, diminutif espagnol de Joseph, peut-être son neveu : d'où je conclus que le général avait
épousé une espagnole. J'ajouterai pour confirmer mes suppositions que j'ai reçu il y a quelques années une lettre d'un ex-général de brigade
espagnol, M. Enrique Jackson Lopez, qui, après avoir pris, me disait-il, des renseignements, m'assurait qu'il y avait un lien de parenté entre
nous. Après la découverte toute récente de la lettre de 1818, j'ai voulu m'assurer du fait ; mais je n'ai plus reçu de nouvelles de ce
parent supposé.
C'est de la troisième femme de Joseph Jackson, morte le 2 septembre 1805 à Lancastre, qu'est né en 1772 mon grand-père, James. Il était issu,
dit-il dans un mémoire dont je parlerai plus loin, d'une famille respectable et hérita d'une fortune médiocre (sans doute celle de sa mère).
Il reçut une instruction solide mais non brillante, qui avait surtout pour objet les mathématiques et les sciences naturelles. A l'âge de
dix-huit ans, il débuta comme commis chez Dilworth et Hargreaves, banquiers et commerçants à Lancastre ; deux ans après ceux-ci lui confièrent
la direction de 13 vaisseaux qui transportaient des marchandises dans diverses parties du monde ; il eut plus tard la surveillance d'une
manufacture comprenant des fours et des forges pour fabriquer des fers fins avec des minerais tirés du Lancashire et du Cumberland.
En 1793, ayant environ vingt-deux ans, il épousa à Eccles Elizabeth Stackhouse, de Giggliswick (Yorkshire), née à Birmingham en 1776 de William
Stackhouse et d'Ann Dowbiggin, morte asthmatique à Plymouth le 17 novembre 1810 à soixante-sept ans. Elizabeth avait comme sa mère au-dessus
du front la mèche blanche qui caractérise un certain nombre des descendants d'AnnDowbiggin. La famille à laquelle s'alliait James Jackson
était très respectable et à son aise. M. et Mme Stackhouse avaient trois enfants : 1° Mary, qui mourut jeune ; 2° Ann qui épousa
George Clapham d'Edroth Hall, près de Settle (Yorkshire), riche fermier ; elle mourut de phtisie. 3° Elizabeth, dont il est ici question,
était, dit mon père, une des plus excellentes femmes qui aient existé : épouse fidèle, soumise et aimante ; mère tendre et bonne ;
une vraie chrétienne. Mon père ne parlait jamais d'elie sans que les larmes lui vinssent aux yeux. J'ai entendu dire qu'elle était d'une grande
beauté.
Mon grand-père, une fois marié, se livre au commerce maritime pour son propre compte. Fut-il ainsi amené à faire des voyages de temps en
temps ? Je suis porté à le croire. Toujours est-il qu'il semble encore avoir son domicile à Lancastre à la fin du siècle dernier :
car trois de ses quatre premiers enfants, savoir : Joseph (né en 1794), William (1796) et
James (1798) sont nés dans cette ville. Le troisième, John, naquit en 1797 à Preston, à 3 kilomètres au sud de Lancastre. La fille aînée,
Ann, naît en 1804 à Manchester, où mon grand- père s'était établi vers 1800.
Le 15 mars 1802 il s'associe avec John Branch, commissaire-priseur ; cette association est dissoute le 30 novembre 1804. La deuxième
fille, Eliza, première du nom, naît en 1803, et meurt l'année suivante à Eccles, à 6 kilomètres ouest de Manchester. C'est dans cette dernière
ville que naît en 1805 un quatrième fils, Charles. Au mois d'octobre de la même année, mon grand-père cède le bail d'une ferme qu'il avait
louée à Eccles. En novembre 1805 il change de résidence dans une grande ville, puis une seconde fois, le 18 octobre 1806, probablement à Manchester
où, quelques jours après, il a une troisième fille, Maria. C'est sans doute vers cette époque qu'il achète à Manchester des terrains sur lesquels
il élève des constructions ; il a donné le nom de ses enfants aux rues qui existent encore avec leurs anciennes dénominations ;
il parait que ces rues sont petites.
Le 12 novembre 1806, il commence à faire marcher une filature de coton à Preston ; mais cette entreprise est sans doute éphémère, car
le 5 janvier 1807, il s'établit, à Londres. C'est là que naît, en 1809, une quatrième fille, Eliza, deuxième du nom. Le 8 février 1810, il
se fixe à Penzance, port du duché de Cornouailles, à 16 kilomètres est du cap Lands End. Puis la famille va demeurer le 20 juin 1810 à Plymouth
où meurt la même année Ann Stackhouse, née Dowbiggin, et naît l'année suivante le dixième et dernier enfant de mon grand-père, Ellen. En juin
4844 on se transporte de nouveau à Londres.
En 1805 (mon grand-père semble indiquer la date probablement plus exacte de 1807 dans un document autre que celui que j'analyse ici), James
Jackson avait un revenu de 1 370 livres sterling, soit un peu plus de 34 000 francs. S'estimant suffisamment riche, il s'était retiré des
affaires ; mais il avait conservé un intérêt dans trois vaisseaux. A ce sujet je me souviens que mon père, qui était le second des fils,
m'a raconté plusieurs fois que mon aïeul l'avait embarqué à Penzance à l'âge de quatorze ans sur un de ces vaisseaux avec mission d'en vendre
les marchandises dans une île voisine de l'Angleterre, je ne nie rappelle plus laquelle.
Mais les charges de famille qui allaient en augmentant obligèrent J. Jackson à reprendre le négoce. Il s'établit à Birmingham en 1812 (il
dit ailleurs 1813) et y créa une usine comprenant 2 fours à cémentation, 10 fours pour faire de l'acier fondu et une manufacture de limes.
Il a été nommé successivement major (9 mai 1798), puis quatre ans après, lieutenant-colonel clans le corps royal des volontaires de Preston,
sorte de garde nationale chargée de la défense du royaume.
NOTE
1. Je me suis procuré la copie d'un testament fait le 13 juin 1812 et qui me parait être celui de mon arrière-grand-père. Le testateur, « Joseph
Jackson of Quernmore in the county of Lancaster, Yeoman, » après avoir stipulé des avantages en faveur de sa femme, Mary, lègue une partie
de ses biens à son fils William, encore mineur. Il mentionne également les enfants de son autre fils, James, de Londres ; Mary Woods,
femme de Roger Woods, de Blackburn ; et les enfants de feue Jane Duckworth, fille du testateur. celui-ci, d'après une note ajoutée au
testament, serait mort en décembre 1812.
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James Jackson & ses fils par William Fritz Jackson, son petit-fils (1893) : livre intégral scanné | |
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