L'ancêtre de John Bost, Jean-Laurent Bost, fils de Jean Bost, de Beaumont-lès-Valence, s'échappa vers 1720, caché,
dit Ami Bost, dans un char de fumier. Il parvint à gagner Genève, la forteresse du Refuge.
Les années 1825-26 sont pour lui des années capitales. Il prend la défense des "révivalistes" que le clergé national combattait et traitait de sectaires, proclame que les vraies communautés chrétiennes sont celles qui suivent la voie droite de l'Évangile, et renvoi le nom de "secte" à l'Église officielle genevoise qui a ouvert ses portes à l'arianisme.
Ami Bost est un des chefs incontestés du Réveil, sans partager toutefois l'étroitesse théologique de ses émules.
Jean (dit John) Antoine Bost, est né le 4 mars 1817, à Moûtiers-Grandval, dans la canton de Berne. A 12 ans, John est au collège de Genève. L'étude était sa passion. Une fièvre cérébrale l'arrêta. Il fallait vivre ! On le plaça comme apprenti relieur.
Musicien comme son père et son grand-père, John avait consacré tous ses moments de liberté à apprendre le piano, à râcler du violoncelle ; son âme d'artiste s'éveillait. le célèbre musicien Franz Listz était alors à Genève ; John Bost, un jour, fut chargé de lui apporter un cahier de musique que son patron avait relié. Le maestro était absent, mais le piano était là, ouvert, irrésistible. L'ouvrier relieur s'assit au chevet et joua... Tout à coup, une main se posa sur son épaule, c'était Listz ! "Bien, bien, jeune homme, vous avez du talent, il faut travailler ; si vous voulez, je serai votre maître." John Bost accepta avec ravissement. Et le voilà lancé dans la vie de concerts.
C'est à cette époque, en juin 1835, que des amis chrétiens de Nyon, chez qui il avait fait, deux ans auparavant, un long séjour de convalescence, persuadèrent John de renoncer au métier de relieur qui ne lui convenait point et d'embrasser la carrière de musicien. Il avait déjà voulu y entrer, mais son père s'y était opposé. cette fois, on le laissa libre. Il abandonna tout pour se livrer à l'art dans lequel il était convaincu d'avoir trouvé sa vocation.
Arrivé à Paris, John s'était mis au service du pasteur Louis Meyer qui l'avait embrigadé dans une Société d'amis des pauvres. Ardent comme toujours, il avait pris contact avec la misère sous toutes ses formes. Aux rares heures de liberté que lui laissait sa vie d'artiste, il visite les hôpitaux. Là, il reçoit des confidences. Il est bouleversé par le cri d'une jeune fille qui se précipite à ses pieds en s'écriant : "sauvez-moi !" La musique et la charité commencentà entrer en conflit et à se disputer son âme.
"Un soir, raconte John Bost, j'étais au théâtre, j'écoutais le Domino Noir ; tout à coup, en pleine représentation, les leçons de la maison paternelle se sont présentées à mon esprit, une voix me disait : "si tu venais à mourir ici, où irais-tu ?" Sur le champ je quittai la salle. Rentré dans ma chambre, je passai le reste de la nuit en larmes et en prières. Au matin, je me relevai, j'avais la paix."
John Bost abandonna alors sa carrière d'artiste "Adieu, musique du diable !" écrit-il un jour avant de reprendre des études qui lui permettraient de se mettre à la disposition de Dieu.
L'appel de la souffrance se fait entendre, toujours plus impétueux. En Irlande, il devient l'ami des prisonniers. Il écrivit à son frère Elisée : "De Londres, j'aurais bien envie d'aller voir nos nègres d'Amérique. Il faut à tout prix l'abolition de l'esclavage. Que faire pour donner à l'Évangile son côté pratique appliqué aux masses ? Le problème du soulagement des masses me préoccupe sans cesse."
Il avait compris que le devoir du vrai disciple de Jésus-Christ est, non seulement de chercher à sauver les âmes, mais de soulager l'état matériel de ce qu'on appelait jadis les basses classes.
En 1841, John Bost entre au collège de Sainte-Foy, pour se préparer au baccalauréat. Au bout de deux ans, de violents maux de tête l'empêchèrent d'atteindre son but.
Le Réveil commençait alors à secouer les églises de la vallée de la Dordogne. Le jeune Bost, pendant son séjour à Sainte-Foy, tint des réunions dans le pays, notamment à La Force. C'est ainsi qu'il se fit connaître et aimer dans ce milieu de cultivateurs protestants, dont il devint plus tard le pasteur et l'animateur.
En 1843, sur le conseil de quelques amis, John Bost se rend à la Faculté de Montauban pour se préparer de son mieux au ministère évangélique. Il se croyait au port... Mais Dieu avait des vues sur son âme d'artiste et le rejeta dans la lutte, où, par une série de chefs-d'uvre, John Bost allait faire jaillir de son génie toutes les symphonies de la charité.
Enrôlé comme moniteur dans une salle d'asile montalbanaise que dirigeait le professeur Jalaguier, il remarqua un jour l'absence d'une de ses élèves. Il se rend dans la rue mal famée qu'elle habite : "Ah ! monsieur, disent les malheureuses voisines, vous faites bien de sauver cette petite ; si nous avions été, nous aussi, entourées et protégées, nous ne serions pas tombées si bas !"
John Bost s'attache à cette infortunée. Avec l'aide de Mmes Babut et Adolphe Monod, il la tire du bourbier qui commençait à l'engloutir, et, gardant au fond des yeux la vision de la pourrissoire à laquelle il a dû l'arracher, comme aucun orphelinat n'était autorisé par ses règlements à recevoir une fille de cette sorte, John Bost conçut le projet qu'il eût été fou, s'il n'eût été génial, de créer pour la misère physique et morale le suprême refuge qui n'existait pas.
"Ceux que tous repoussent, je les recevrai au nom de mon Maître" résolut John Bost. A ce moment, il était sans situation, sans expérience et possédait pour toute fortune 18 francs. Mais il avait pour lui trois choses : sa compassion inépuisable, sa volonté opiniâtre, et l'audace de la foi. Dieu devait lui fournir le reste sur le plateau de La Force.
L'Église Réformée était considérée comme trop rationaliste pour les habitants de La Force qui ne voulait pas de ses pasteurs. Ils entrèrent alors en dissidence et exigeait un pasteur évangélique. Ils se tournèrent alors vers John Bost dont ils avaient apprécié les idées.
John Bost débarque alors à La Force. Il est logé auprès d'une famille de paroissiens, les Ponterie, dont la fille deviendra plus tard son épouse. Il prêcha dans leur propriété, le consistoire lui refusant l'usage du temple.
Puis les habitants bâtissent un nouveau temple, sur l'éminence qui domine le village de La Force, non loin des ruines du château de Caumont-La Force.
John Bost, dans ses tournées en Grande-Bretagne, sut tirer parti de ces paysans harassés par la fatigue de la journée et partant à minuit, avec leurs bufs et leurs chars, pour le travail de Dieu. Qui saura jamais combien de livres sterling valut au fondateur des Asiles l'aiguillon des bouviers de la Dordogne.
Le 24 mai 1848, s'ouvrit modestement la maison hospitalière. Ses premières pensionnaires furent les deux orphelines dont l'infortune avaitému le cur de l'étudiant de Montauban.
L'inauguration de La Famille fut présidée par le pasteur Frédéric Monod. On la fit concorder avec une fête donnée aux bouviers, en souvenir des services rendus à La Famille pour le transport des matériaux.
John Bost avait 31 ans...
C'était "l'épopée" des Asiles de La Force qui commençait.
On n'avait pas attendu que le bâtiment fût sorti de terre pour solliciter du jeune directeur l'entrée à La Famille de toutes sortes d'indésirables.
John Bost entreprit de les élever, en se servant de la musique comme véhicule de sa pensée. C'est là que se révéla, dans la fertilité et le succès des moyens employés, son génie de pédagogue.
Peu à peu arrivèrent des orphelines incurables, aveugles, sourdes-muettes, phtisiques... Le presbytère regorgeait... John Bost alla plaider à Paris la cause de toutes ces créatures chétives, malades, informes, alors sans asile, mais en qui un inlassable dévouement pouvait rallumer une étincelle d'intelligence, de bonheur, de vie spirituelle.
John Bost peut alors construire Béthesda, résidence inaugurée en 1855.
Alors commença, là, une vie étonnante, inimaginable, pour qui n'a jamais visité Béthesda, vie presque surnaturelle où chaque jour s'affrontent et s'étreignent, dans des combats d'une variété infinie, le démon de la misère et l'ange de la charité.
Vint le tour des garçons.
De toutes parts, on sollicitait John Bost. Un pauvre enfant de Nîmes, atteint de la danse de Saint-Guy, paralysé, infortuné petit marchand d'allumettes, traque par la police suppliait : "Les garçons ne valent-ils pas les filles ?" cria-t-il un jour en sanglotant.
John Bost décide alors de fonder
Siloé.
En 1861, John Bost a 44 ans. Il épouse celle à qui son cur était fiancé depuis la fondation du premier Asile : Eugénie Ponterie. Elle l'attendait. Certes, M. Ponterie aimait son pasteur et l'admirait, mais il en redoutait l'activité dévorante et hésitait à donner Eugénie au grand berger de la souffrance. Avant de mourir, il céda. Les noces furent célébrées le 2 juillet 1861.
C'est cette année-là, que Listz, le plus heureux et le plus adulé des musiciens, apprit à Weimar que son ancien élève Bost avait abandonné la musique pour devenir pasteur et consacrer sa vie à créer et à diriger des Asiles de charité : "Eh bien ! s'écria l'illustre compositeur, il a fait ce qu'il y a de mieux à faire", puis, se reprenant : "Il a fait ce qu'il y a à faire."
A ce moment, la vision des épileptiques obsédait la cur de John Bost. Il en venait, d'autres se révélaient sur place. On ne pouvait ni renvoyer les uns, ni laisser les autres en contact avec les malades...
John Bost décida alors la création
de l'asile Eben-Hézer. Il raconte :
"Je partis ensuite pour Paris, sachant que des épreuves m'y
attendaient. Une réunion publique avait été convoquée
dan sle temple de la Rédemption. Après avoir rendu compte
de la marche des Asiles : La Famille, Béthesda, Siloé,
je risquai : "Je vous annonce la fondation d'un nouvel Asile !"
A ce moment, les messieurs prirent leurs chapeaux, les dames se levèrent,
et j'allais me trouver seul avec mon Eben-Hézer dans le
cur. D'une voix troublante d'émotion, je m'écriai
"C'est pour les orphelins épileptiques ! Pitié
pour les épileptiques !" On m'a dit depuis que j'avais
prononcé ce mot "épileptiques" avec un tel accent
de douleur et de sympathie que personne n'osa bouger. En effet, l'auditoire
reprit sa place."
Eben Hézer est inauguré
en avril 1862. Puis c'est au tour de Béthel pour les garçons.
En 1866 John Bost tombe si malade que les amis qui le soutiennent dans son uvre doivent accepter, pendant quelque temps, de le remplacer à la direction des Asiles.
A quelqu'un qui disait avec béatitude : "comme vous devez être heureux quand vous contemplez votre uvre !", il répondit : "Mon ami, je ne regarde pas à ce que j'ai fait, mais à ce que j'ai à faire".
Le moment était venu de tenir la promesse. Il fit alors ériger le Temple des Asiles d'après ses propres plans.
Tandis qu'auparavant, les Asiles étaient les hôtes de l'Église, maintenant c'étaient les Asiles qui ouvraient leur temple aux protestants évangéliques de la Force. Là encore, c'était, dans la pensée de John Bost, l'Église qui accueillait les déshérités parmi les frères.
John Bost avait créé son temple pour les Asiles, mais il l'avait conçu de façon que tous les chrétiens du village de La Force pussent s'y senir chez eux.
Avec ses cinq asiles et son Temple, l'uvre de John Bost était arrivée, en moins de vingt ans, à son plein épanouissement. Non seulement pour les Églises de France, mais pour bien des pays d'Europe, même en dehors des milieux religieux, La Force était désormais la terre bénie de la Charité.
Piétiste par la foi,
libriste par les circonstances, John Bost n'était pas un dissident ;
sa grande âme était aux besoins de la multitude qui venait
à lui.
En 1877, il décide de faire entrer l'église de La Force au sein de l'Église réformée. Mais certains paroissiens le lui reprochent et ne le suivent pas.
L'état reconnaît ses asiles comme Etablissements d'utilité publique.
Il construit Le Repos et la Retraite pour les personnes les plus âgées.
Puis les deux derniers bâtiments : La Miséricorde et La Compassion pour ceux qui avaient des accès de folie, souvent de folie furieuse, pour éviter de les placer avec ceux dont le développement intellectuel était possible.
En 1880, il reprend le chemin de la Faculté de théologie de Montauban pour soutenir sa thèse qui a pour sujet : L'Église chrétienne considérée comme Asile de la souffrance.
"Après avoir glorifié son Chef, son sauveur, l'Église sera glorifiée à son tour. Elle se reposera de ses travaux et ses uvres la suivront".
Son frère Augustin raconte : "Dans la nuit du 30 octobre au 1er novembre, à 4 heures du matin, il se réveilla brusquement, sortit du lit et se jeta sur un fauteuil, paraissant chercher quelqu'un du regard. sa famille, appelée en hâte, arriva bientôt ; c'était ce qu'il cherchait ; il était content d'avoir été deviné ; il regarda tour à tour fixement son fils, ses filles, sa femme, comme pour leur laisser un dernier souvenir, puis il baissa la tête. Ce noble cur avait saissé de battre."
Ainsi mourut John Bost, à 64 ans.
Les Etablissements orphelins le pleurèrent sentant, comme autrrefois le Christ, qu'une vertu s'était échappée de leur sein... Puis, ils continuèrent leur vie avec leurs 500 pensionnaires, sous la direction fidèle d'Ernest Rayroux.
Si vos cœurs désorientés et troublés cherchent une haute tâche à laquelle ils pourraient se consacrer,
venez travailler sur cette colline, et vous y ferez l'expérience, que dans la vie, la plus grande joie est celle de se donner aux autres.
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