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Le pasteur Louis Meyer
par John Bost



Louis Meyer (1809-1867) est un pasteur luthérien, originaire du pays de Montbéliard. Arrivé à Paris en 1833, il a alors 24 ans. En novembre 1833, il fonde avec des proches la Société des amis des pauvres. John Bost les rejoint en 1839, quelques mois après son arrivée à Paris.

Dans la biographie du pasteur Félix Kuhn, Louis Meyer, sa vie, son œuvre, un passage intitulé Conversion de John Bost présente le témoignage du futur fondateur des Asiles de La Force.





pasteur Louis Meyer
Louis Meyer




J'arrivai à Paris désireux de poursuivre la carrière de la musique. J'avais tout ce qu'il fallait pour réussir, mais Dieu avait d'autres plans à mon égard.

Je fus présenté à M. Meyer par la vénérable Mme Delessert [1]. Que renfermait la lettre qu'elle m'avait remise pour lui ? Je l'ignore. En m'approchant de la rue des Billettes [2], j'avoue que ma veine artistique ne se réveilla pas. Ce noir quartier, ces rues obscures, sales, n'étaient pas de nature à me faire chanter le monde idéal. Arrivé en face de la porte, j'eus envie de déchirer ma lettre d'introduction, et d'en finir avec les pasteurs, les monastères et les cloîtres. Après un moment d'hésitation, je levai le marteau. Comme il retombait, ie me rendis bien compte de l'espèce d'intérieur qui allait se présenter à mes regards. La porte s'ouvrit, elle se referma d'elle-même, j'étais prisonnier. Qui est là ? cria une voix douce et mâle tout à la, fois. Je levai les yeux et trouvai un homme debout, appuyé contre une fenêtre ouverte, le front découvert, au visage sévère et bienveillant.

« — Monsieur le pasteur Meyer ? »

« — C'est moi, veuillez monter. »

Je remis ma lettre, et pendant que M. Meyer la lisait, je jetai un coup d'œil sur cette cellule de moine, car, à mes yeux, c'en était une, et, avec un peu d'imagination, je me serais figuré être en présence de Luther. Sur le bureau un crucifix. — Mais la croix est-elle protestante ? me disais-je, moi, jeune calviniste, arrivant de Genève, après avoir été élevé dans les principes d'une rigide orthodoxie. —

Une main serra la mienne et me sortit de ma rêverie.

 Je n'oublierai jamais avec quel tact, quelle amabilité, M. Meyer me parla de la beauté de la musique. Artiste dans l'âme, il m'encouragea au travail, et ma pensée fut qu'il regrettait d'avoir renoncé au monde. Au moment où j'allais le quitter, il me dit : « Je réunis chaque mardi soir quelques jeunes gens, médecins, avocats et autres : nous avons formé une société d'amis des pauvres : peut-être seriez-vous bien aise de faire leur connaissance : venez mardi. »

J'avais cru éluder la question religieuse et voilà qu'avec toute la grâce possible M. Meyer m'enrôlait.

Il avait gagné mon cœur. Le mardi arriva et j'assistai à la réunion. La sacristie avait un aspect sévère qui me donna du noir. Chaque sociétaire rendit compte de sa mission auprès des pauvres qu'il avait visités. La Bible fut ouverte et la fin du chapitre 2 de la Genèse fut expliquée. Quel charme je trouvai dans cette allocution si simple, si profonde, adressée spécialement aux jeunes gens.

Je demandai à faire partie de la Société et, moyennant ma cotisation de deux sous par semaine, avec engagement de suivre les réunions, et de visiter quatre ou cinq familles, je fus admis. — La Société des amis des pauvres a été mon salut dans la capitale. Le théâtre, les concerts faisaient mes délices. Mais à partir du jour où le chapitre 3 de la Genèse fut expliqué : « Qui t'a montré que tu étais nu ? » le monde se couvrit pour moi de teintes obscures. J'essayai de m'étourdir, mais ce fut impossible. Le 30 août, j'ouvris mon cœur à M. Meyer, et, peu après, je résolus de me consacrer au ministère de la Parole.

La foi de M. Meyer avait pour objet la croix, mais la croix avec Jésus crucifié, la croix brisant le cœur de l'homme et l'amenant aux pieds du Sauveur.

Avec la croix venait la sainteté, une vie de renoncement et de souffrances. Mais la croix donnait la paix et la joie, joie sereine et sérieuse.

John Bost
Louis Meyer, sa vie, son œuvre
(1878)
Notes :

- voir Dvarim : sermons, lettres de Louis Meyer

Gallica : Louis Meyer, sa vie, son œuvre, avec des extraits de sa correspondance et de ses discours... avec une préface de Félix Kuhn (1886)

Le fils de Louis Meyer (1809-1867), le pasteur André Meyer (1855-1942) est l'époux d'Élisabeth Jackson (1866-1943), fille aînée de William Jackson & Anna Viallet.

1- Il s'agit de Sophie Gautier (1796-1877), l'épouse de François Delessert.

Sophie Gautier a épousé son oncle : c'est la fille de Marguerite-Madeleine Delessert, sœur de François Delessert et Benjamin Delessert (banquier, industriel, botaniste, philanthrope).

Ce sont les enfants de Madame Delessert, née Madeleine Boy de la Tour, à qui Jean-Jacques Rousseau a écrit les Lettres élémentaires sur la botanique pour l'instruction de sa fille Marguerite.

Voir Musée virtuel du protestantisme : la famille Delessert : Voir Wikipédia : Benjamin Delessert.

2- le temple des Billettes est situé dans le quartier du Marais, à Paris. C'est à l'origine, une église catholique, affecté au culte luthérien en 1808.

Voir Musée virtuel du protestantisme : les temples de Paris : églises catholiques affectés au culte protestant après le Concordat (1801).

Voir Patrimoine-Histoire : photos du temple des Billettes.

Voir Wikipédia : l'ancienne rue des Billettes, aujourd'hui : rue des Archives (4e) qui doit son nom aux Archives nationales.

Notice historique de la fondation des Asiles de Laforce par John Bost (1878)

L'Église chrétienne considérée comme Asile de la souffrance : thèse de John Bost présentée à la faculté de théologie de Montauban (1880)

John Bost, le fondateur des Asiles de Laforce par le pasteur Léon Maury (1925)

John Bost et sa cité prophétique par le pasteur Alexandre Westphal (1937)

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