

Au milieu de la nuée des témoins huguenots dont la foi ferme et l'héroïque courage parle encore si haut à leurs descendants, Claude Brousson occupe une place d'honneur par son zèle brûlant et son infatigable énergie. Il subit le martyre à l'âge de cinquante et un ans, et après avoir dès sa jeunesse témoigné d'une grande piété, il édifia jusqu'au dernier moment les témoins de son supplice. Grâce aux papiers de famille qui lui ont été communiqués, M. Nègre a pu donner une notice très intéressante et plus complète que les précédentes de cet intrépide serviteur de Dieu.
Bibliographie
Vie et ministère de Claude Brousson
d'après des documents pour la plupart inédits
par Léopold Nègre.
L'Église du Désert n'a pas de plus belle figure que Brousson, qui semble imparfaitement connu malgré sa juste popularité. Les archives de l'ancienne intendance de Montpellier conservent le dossier de son procès auquel M. le pasteur Corbière a fait d'heureux emprunts, et ses diverses requêtes au roi peu fait pour comprendre un langage qui allie la fidélité du sujet à la ferveur de l'apôtre prêt à donner sa vie pour sa croyance. La Bibliothèque de Genève garde en dépôt les lettres et mémoires dont s'est inspiré Antoine Court dans son histoire inédite des martyrs. Au milieu des vicissitudes de sa vie errante, Brousson lui-même composa d'assez nombreux ouvrages, publiés en Hollande, parmi lesquels la Relation sommaire des merveilles que Dieu fait en France pour l'instruction et la consolation de son peuple affligé, plaquette rarissime qui mériterait les honneurs d'une réimpression. L'âme de Brousson revit dans ces pages que l'on dirait détachées du siècle apostolique.
Quel ministère que celui de cet homme de mansuétude et de paix, traqué partout comme un vil malfaiteur, et ne laissant pas échapper une plainte contre ceux qui ont mis sa tête à prix ! — « D'ordinaire, a-t-il écrit sur lui-même, il faisait son séjour dans les bois, sur les montagnes, dans les cavernes et les trous de la terre ; il couchait souvent sur la paille, sur le fumier, sur des fagots, sous des arbres, dans des buissons, dans les fentes de rochers et sur la terre nue. Durant l'été il était consumé par les ardeurs du soleil, et durant l'hiver il a souffert un froid extrême sur les montagnes couvertes de neige et de glace, n'ayant quelquefois pas de quoi se couvrir durant la nuit, et n'osant pas faire de feu durant le jour de peur que la fumée ne le découvrît; et n'osant pas sortir de sa cachette pour jouir de la chaleur du soleil, de peur de se faire voir aux ennemis et aux faux frères. Quelquefois aussi il était exposé à la faim et à la soif, et souvent à des fatigues accablantes et mortelles. » Tel était la vie de l'homme qui renonça de bonne heure aux succès du barreau, qui refusa même une place de conseiller au parlement de Toulouse, pour se vouer aux labeurs du missionnaire n'ayant d'autre perspective terrestre que la roue et le gibet !
On comprend que M. Léopold Nègre se soit épris d'une telle figure, et qu'il en ait fait le sujet d'une thèse qui, remaniée
sur quelques points, élargie sur d'autres, deviendra aisément un beau livre. Quand il s'agit d'un homme tel que Brousson les moindres détails
ont leur prix. On aime à retrouver sa trace à Nîmes, sa ville natale, qui l'a trop oublié, quoiqu'elle possède un fort beau portrait de lui ;
à Toulouse, qui entendit les accents de son éloquence professionnelle; sur la terre d'exil qui ne put le retenir longtemps ; enfin, dans la
triple mission qu'il devait clore par le martyre. M. Nègre a frappé à toutes les portes, interrogé toutes les sources, pour recomposer la
vie de son héros, du doux apôtre dont il est devenu contemporain par l'étude, et si des lacunes subsistent encore dans son récit, il n'a pas
tenu au diligent explorateur qu'elles ne fussent comblées. La biographie proprement dite, qui ne forme pas moins de 140 pages, est complétée
par un riche appendice qui met sous nos yeux les résultats de l'enquête si heureusement poursuivie à Montpellier et en Suisse. Nous avons
la relation du voyage de Brousson en Allemagne, pour plaider la cause des Églises dispersées après la Révocation. Nous pouvons lire ses lettres
à MM. de Mirmand, de Schomberg, Pictet, et aux fidèles sous la croix. Voici le procès-verbal de son arrestation à Oloron, le 18 septembre
1608, et l'inventaire des papiers trouvés sur lui, toute une bibliographie de reliques du Désert ; puis le procès-verbal de la question,
qui ne lui fut pas épargnée, comme on l'a cru. Baville n'avait pas de ces inspirations de clémence, bien qu'il n'ait pu se défendre d'un respect
involontaire devant cette pure victime. Pour s'édifier sur ses sentiments il ne faut que lire les extraits inédits de sa correspondance publiés
dans le Bulletin (t. XV, p. 133 et suivantes). M. Nègre ne les a pas négligés, et son livre est le travail le plus complet, le plus instructif
sur Brousson, s'il n'est le dernier mot d'un tel sujet. On ne peut que féliciter la Faculté de Montauban de produire des thèses aussi solides
qu'édifiantes, qui restituent des pages à notre histoire, et l'on est heureux de placer sur les rayons de sa bibliothèque Claude Brousson
de M. Nègre à côté de Daniel Encontre de M. Bourchenin, deux essais pleins de promesses dont on goûte déjà les fruits.
Il y a quelques mois je rendais compte dans le Bulletin (voir ci-dessus),
d'une remarquable biographie, œuvre d'un jeune pasteur qui ne faisait que d'entrer dans la carrière, et j'aimais à voir dans cet essai les
gages d'un bel avenir partagé entre le ministère évangélique et l'histoire. Qui n'eût présagé à M. Léopold Nègre des succès proportionnés
à son goût pour l'étude, à ses goûts élevés, qui se conciliaient avec les plus saintes ambitions d'un ministre de Jésus-Christ! La paroisse
de Faugères ne l'a connu que pour le pleurer, et nous joignons nos regrets à ceux d'une famille, d'une Église en deuil. M. Léopold Nègre était
à peine âgé de vingt-six ans quand il a été rappelé (15 mars). Si son pèlerinage fut court, sa trace du moins ne sera pas effacée. Par une
touchante harmonie, son nom demeure inséparablement uni à celui du grand pasteur et du doux martyr, Claude Brousson, dont il a si bien retracé
l'apostolat.