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Leopold Negre
La vie de notre ménage
(1905-1911)



Cet écrit avait surtout pour but de vous faire connaître vos familles d'origine. Les plus âgés d'entre vous conserveront le souvenir de leurs grands-parents qui les ont tant aimés. Mais pour les plus jeunes et pour ceux de vos descendants que cela pourra intéresser, je veux vous laisser ces brefs souvenirs sur notre vie après notre mariage.

Léopold-Suzanne [1]. Nous refaisions le ménage de mes parents 27 ans après. Dieu nous a permis d'avoir un bonheur tout aussi complet que le leur et beaucoup plus durable. Qu'il en soit béni ainsi que de toutes les joies qu'il nous a données par nos enfants et petits-enfants.

Notre mariage fut célébré dans l'église de Pentemont [2] le 12 octobre 1905 sous la présidence du pasteur Benjamin Couve, grand ami de mes beaux-parents. Les membres de ma famille qui y ont assisté ont été mes parents, les Léon Flaissier et les Charles Leenhardt, les Louis Vincent, ma tante Mathilde Bourguet, les Pierre Leenhardt, les Georges Castelnau et leurs fils Édouard et Arthur ainsi que Daniel Leenhardt. [3]

Mes témoins avaient été ma tante Vincent et mon chef de service à l'institut Pasteur, le docteur Borrel, ceux de ma fiancée, ses parrain et marraine le docteur Jean Morin et Mme Adolphe Jalaguier. [4]

Nous fîmes un voyage de noces en Italie et sur la Côte d'Azur que nous avions termina par une visite à ma famille de Montpellier. Je dus l'écourter pour commencer mes études en médecine.


J'avais déjà passé deux années à l'Institut Pasteur. Les premiers six mois avaient été consacrés à suivre le cours supérieur de microbiologie à la même table que mon cousin Étienne Leenhardt qui était interne des hôpitaux de Paris et avait épousé deux ans auparavant sa cousine Délie Castelnau.

Puis je m'étais mis à faire des recherches personnelles dans le laboratoire du docteur Borrel.

J'avais tout de suite compris que ma carrière à l'institut Pasteur n'aurait pas un développement complet si je n'avais pas fait mes études en médecine. Vivement poussé par celui qui allait devenir mon oncle, le docteur Jalaguier, j'obtins la dispense du P.C.N. [5] et dès le retour de mon voyage, j'entrais dans le pavillon de dissection du Dr Amédée Baumgartner qui avait préparé le concours de l'internat avec Étienne Leenhardt et était devenu prosecteur.

Notre ménage s'était installé dans un charmant appartement, au 110 rue Denfert Rochereau, où nous avions quatre belles pièces et une petite avec une vue superbe sur la région sud de Paris.

Les deux premières années ont été très dures. Le matin je partageais mon temps entre l'hôpital et l'Institut Pasteur où je n'étais encore que travailleur bénévole. Je déjeunais en vingt ou trente minutes car je devais être à 1 h à la faculté pour la dissection. En sortant de la faculté je retournais à l'Institut Pasteur. En menant cette vie j'ai attrapé une gastralgie dont je ne me suis jamais complètement guéri.

En 1908, je suis entré dans les cadres de l'Institut Pasteur et je suis devenu préparateur du cours, ce qui me prenait au moins tous mes après-midi du début novembre à fin mars.

J'avais comme traitement 200 francs par mois [6]. Les deux premières années à la faculté de médecine qui sont les plus absorbantes étaient terminées : mais j'avais l'hôpital le matin et mes recherches à l'Institut Pasteur. Je préparais mes examens pendant les mois d'été : août à Nocé, septembre à Piedmarche dans la propriété que mes parents avaient fait construire, après la mort de mon grand-père Leenhardt, dans les bois de Piedmarche, au-dessus de Fontfroide. Au bas de ce bois, ma tante Castelnau avait fait bâtir plus près de Fontfroide la maison des Fontanelles. Avec les Pierre Leenhardt qui étaient devenus propriétaires de Fontfroide-le-Bas, les Georges Castelnau, nous voisinions constamment et chaque après-midi avaient lieu dans l'une de ces propriétés de grandes parties de tennis. [7]


En 1907, André était né, puis en 1909, Pierre. Nos charges commençaient à augmenter. J'avais le désir de faire rapidement mon chemin. J'avais déjà commencé à faire des travaux qui m'encourageaient. J'avais découvert qu'un parasite protozoaire de la souris avait au cours de son évolution, un stade intestinal qui jusqu'alors était demeuré inconnu. J'avais d'autre part entrepris des recherches avec mon maître Borrel sur le cancer de la souris qui ont fait l'objet de ma thèse de doctorat en médecine. Nous avions des relations suivies avec Gosset, Gaucher et Gastinel, qui apportaient à Borrel des tumeurs de formation récente et avec Doyen qui croyait avoir découvert le microbe du cancer. Ce sujet me passionnait étant donné l'incertitude qui planait sur l'origine de cette terrible maladie. Nous étions plusieurs jeunes travailleurs à seconder Borrel dans le même laboratoire : Pinoy qui a terminé sa carrière comme professeur de microbiologie à la faculté de médecine d'Alger, Étienne Burnet oui a été directeur de l'Institut Pasteur de Tunis, Macron qui a dirigé le service de mycologie de l'Institut Pasteur, Pierre Masson qui a été professeur à Strasbourg et à Montréal.

Nous vivions dans l'ambiance de savants tels qu'Émile Roux, Laveran, Metchnikoff, Mesnil, Calmette qui venait souvent de Lille où il dirigeait l'Institut Pasteur de cette ville [8]. Depuis 1900, j'allais souvent à Lille voir les Vincent où mon oncle était préfet du Nord. Il s'était beaucoup lié avec le professeur Calmette que je voyais souvent à la préfecture lorsque j'y allais quand j'étais jeune homme ou avec ma femme quand j'étais marié.

Je voyais aussi Émile Brumpt qui revenait d'une mission en Algérie, ainsi que Salimbeni, Marchoux et Simond qui préparaient leur départ pour le Brésil afin d'y étudier la fièvre jaune. J'appris qu'une succursale de l'Institut Pasteur allait être créée à Alger sous la direction de Calmette avec Sergent comme directeur adjoint.

Après en avoir parlé à ma femme qui ne fit aucune objection, je m'ouvris à Calmette de mon désir d'y avoir une situation. La chose fut tout de suite arrangée avec Roux, Borrel et Sergent.

J'étais guidé non seulement par l'attrait du climat méditerranéen et le besoin de me soustraire à la corvée du cours, mais aussi par le sentiment qu'en allant dans un pays neuf comme l'Afrique du Nord, j'aurais une formation beaucoup plus étendue qu'en restant à Paris. Mes prévisions devaient rapidement se justifier.

Mais mes beaux-parents avaient de la peine à le comprendre. Il était très dur pour eux de nous voir partir avec leurs deux petits-enfants. Ce n'était pas non plus sans un serrement de cœur que nous nous éloignions de notre charmant appartement où nous étions si heureux et de tous nos parents et amis.


Léopold Nègre
suite : Nos années d'Algérie
Notes :

1- Son père, le pasteur Léopold Nègre avait épousé Suzanne Leenhardt le le 29 août 1878, il meurt le 15 mars 1879. Leur mariage a duré à peine plus de 6 mois.

Léopold Nègre et Suzanne Charon ont eu la chance de célébrer leur noces d'or.

2- Voir historique du temple de Pentemont, rue de Grenelle, Paris 7e.

Voir Musée virtuel du protestantisme : les temples de Paris : églises catholiques affectés au culte protestant après le Concordat (1801).

3- Mathilde Nègre (1859), épouse de Paul Bourguet, et Jeanne Nègre (1856-1930), épouse de Louis Vincent (1852-1938), sont les sœurs du pasteur Léopold Nègre.

Louis Vincent fut préfet du Nord, à Lille, de 1899 à 1911. Il fut auparavant préfet de l'Hérault. Son père, Jules Vincent (1814-1889) était maire de Meyrueis.

Voir : Famille Nègre : notes en bas de page

4- Jean Morin est le cousin de François Charon, fils du docteur Henry Morin, petit-fils du pasteur Adolphe Monod. Il est médecin des Asiles John Bost.

Caroline Bost est la sœur de Leïla Bost, filles de John Bost. Elle a épousé le chirurgien Adolphe Jalaguier.

5- P.C.N. : certificat de sciences physique, chimie et naturelles

6- Ce traitement correspond approximativement à 75% du smic d'aujourd'hui. Voir Insee : convertisseur

7- Pierre Leenhardt (1853-1913) est le frère de Suzanne Leenhardt (1856-1921) et Délie Leenhardt (1859-1923) : ce sont les enfants de Charles Leenhardt (1820-1900).

Délie Leenhardt est l'épouse de Georges Castelnau (1856-1927).

8- Voir sur le site des archives de l'Institut Pasteur : Émile Roux (1853-1933), Alphonse Laveran (1845-1922), Élie Metchnikoff (1845-1916), Félix Mesnil (1868-1938), Albert Calmette (1863-1933)

L'Institut Pasteur était situé 25 rue Dutot (Paris 15e), devenue, en 1934, rue du docteur Roux, en l'honneur d'Émile Roux : voir Wikipédia : Émile Roux

Voir l'Institut Pasteur de Lille alors dirigé par Albert Calmette : voir Wikipédia : Albert Calmette.

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biographie par Jean Bretey, Annales de l'Institut Pasteur

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