La Grande Encyclopédie
(1885-1902)
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La Grande Encyclopédie
inventaire raisonné
des sciences, des lettres et des arts


en 31 volumes
(1885-1902)
réalisée par une société de savants et de gens de lettres
dont Marcelin Berthelot



A - Alcada-de-Hénarès Fanum - Franco
Alcala-la-réal - Animé Franco - Gonon
Animisme - Arthur Gonsalve - Héron
Artibonite - Baillie Héronas - Janicki
Baillière - Belgiojoso Janiçon - Lemos
Belgique - Bobineuse Lemot - Manzonni
Bobino - Bricci Mao - Moisson
Brice - Canarie Moissonneuse - Nord
Canaries - Ceratosoma Nord - Part
Cératospire - Chiem Parta - Poilpot
Chien - Comédie Poincaré - Rabbin
Comédie - Côtes Rabbinisme - Saas
Cotesbach - Dellden Saavedra - Sigillaires
Delle - Duègne Sigillateur - Thermopole
Duel - Eoetvoes Thermophyle - Zyrmi
Eole - Fanucci  
Préface



La France, malgré des tentatives nombreuses dont quelques-unes ont été, en leur temps, couronnées de succès, ne possède pas encore un grand ouvrage encyclopédique, populaire et cependant au courant des plus récents progrès de la science moderne. Ce genre de publication ne manque ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni aux États-Unis.

Sans parler de la colossale Encyclopédie d'Ersch et Gruber, dont la publication se poursuit depuis 1816, nous pouvons citer:
— en Allemagne, le Conversations Lexikon, de Brockhaus, et celui de Meyer,
— en Angleterre, la grande Encyclopædia Britannica,
— aux États-Unis, l'Encyclopædia Americana, qui a obtenu un succès retentissant.

Ces exemples font voir la lacune qui existe dans la collection des Encyclopédies françaises. La Grande Encyclopédie se propose de la combler.

La Grande Encyclopédie est une œuvre de haute vulgarisation. Elle se propose de constater l'état actuel de la science moderne, de dresser l'inventaire des connaissances humaines à notre époque.

Etrangère aux querelles du jour, résolue ne pas être une œuvre de combat, la Grande Encyclopédie n'a et ne peut avoir d'autre règle que l'impartialité de la science.

Les découvertes de l'astronomie, de la physique et de la chimie, les applications nouvelles de l'électricité, les restitutions de l'archéologie, les résultats donnés par la science du langage, l'histoire, l'anthropologie, la biologie et les sciences naturelles, les sciences morales, politiques et sociales, en un mot tout ce qui est de nature à jeter la lumière sur le monde physique et sur. le monde intellectuel trouve place dans la Grande Encyclopédie. Elle expose les faits avec une scrupuleuse exactitude, les théories diverses ou contradictoires avec impartialité: il appartient au lecteur de comparer et de conclure.

L'illustration tient dans notre œuvre une large place. Chaque fois que le texte doit y gagner en clarté et en précision, la gravure accompagne la description écrite, qu'il s'agisse de sciences exactes ou naturelles, de beaux-arts ou d'archéologie. A notre époque de découvertes géographiques et de développement colonial, il était naturel de compléter cette illustration par un ensemble de plus de deux cents cartes, hors texte, gravées spécialement pour la Grande Encyclopédie et dont la collection forme un atlas unique en son genre.

Reprenant en particulier la tradition des encyclopédistes du siècle dernier, elle réserve à la description et à la représentation des machines-outils la place qui leur revient en raison du rôle que jouent ces instruments de travail dans notre société industrielle.

 

Le mot d'encyclopédie (Ἐγκύκλιος παιδεία) remonte à l'antiquité, Quintilien s'en est servi ; — la chose est moderne. Chez les Grecs et chez les Romains le mot signifiait l'ensemble des connaissances que tout homme instruit devait posséder.

C'est tantôt à LEUCIPPE, maître de Démocrite, tantôt à DÉMOCRITE lui-même qu'on fait remonter le premier ouvrage encyclopédique.

Mais il y eut un homme qui, s'il ne fit pas une encyclopédie au sens moderne du mot, eut du moins l'esprit encyclopédique: c'est d'Aristote que nous voulons parler. Sa vaste intelligence embrassa toutes les branches des connaissances humaines cultivées de son temps, métaphysique, sciences naturelles, géométrie politique. On peut dire que rien de ce que savait alors l'humanité ne lui fut étranger.

VARRON, dans l'ensemble de son œuvre, PLINE L'ANCIEN, dans son Histoire naturelle, ont fait des encyclopédies au sens ancien du mot.

C'est encore dans ce sens que les collections de STOBÉE, les Origines d'ISIDORE et les 22 livres De universo de RABAN MAUR sont des encyclopédies. Mais le plan, la connexion des sciences entre elles et des arts avec les sciences, la classification enfin, qui sont, comme nous le verrons plus loin, le trait distinctif des encyclopédies, font absolument défaut dans ces ouvrages ; ce sont bien plutôt des recueils généraux des sciences et des arts alors connus, que des encylopédies telles que nous les comprenons.

Un premier essai de classification fut tenté par un Français, VINCENT DE BEAUVAIS, né vers 1190 et mort vers 1264. C'était un dominicain. Dans trois ouvrages, résultat d'un travail énorme, il fit au Moyen Âge quelque chose qui se rapproche beaucoup d'une encyclopédie.

Dans le Speculum historiale il fit une encyclopédie historique.

Le Speculum naturale est une encyclopédie des sciences physiques et naturelles.

Le Speculum doctrinale, auquel un auteur resté inconnu ajouta sur le même plan le Speculum morale, est une encyclopédie des sciences morales, philosophiques et théologiques.

Cette compilation eut au Moyen Âge le plus grand succès. Le nombre des manuscrits qui en ont été conservés est considérable.

Nous ne nous arrêterons pas à mentionner tous les ouvrages qui parurent au Moyen Âge et jusqu'à Bacon sous le nom de Speculum, de Summa, de Cyclopædia, Encyclopædia ou Orbis disciplinarum ; aucun d'eux n'est digne de compter dans l'histoire des encyclopédies.

C'est FRANÇOIS BACON qui jeta les fondements de la classification des sciences. dans Son traité De dignitate et de augmentis scientiarum (1605-1623). On peut à ce titre le considérer comme le premier encyclopédiste. Mais ni ses contemporains, ni ses successeurs immédiats ne développèrent les principes qu'il avait posés.

Malgré des tentatives faites en Allemagne et restées sans retentissement, c'est en France que le mouvement créé par Bacon se continua réellement et c'est par un chef-d'œuvre qu'il se manifesta : l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Publié d'abord à Paris de 1751 à 1772 en vingt-huit volumes dont onze de planches, l'ouvrage s'augmenta en 1776 et 1777 de cinq volumes de supplément et en 1780 de deux volumes de table analytique et raisonnée des matières.

La préface écrite par d'Alembert, sous le nom de Discours préliminaire, est une des œuvres les plus belles de la philosophie du XVIIIe siècle.

Les esprits les plus éminents de cette époque collaborèrent à l'Encyclopédie. Mais le principal fut Diderot, qui, tour à tour critique d'art, historien, philosophe, artisan, agença toutes ces parties du savoir humain et qui passa dans les ateliers, au milieu des ouvriers, une partie de son existence, pour donner à ses contemporains la description des arts et des métiers manuels, jusqu'alors si dépréciés, et que Jean-Jacques Rousseau réhabilitait en même temps.

Nous ne referons pas l'histoire de l'Encyclopédie, ni celle des tribulations de Diderot luttant contre les ordonnances du roi, les inspecteurs de la librairie, le lieutenant général de police, le parlement et le clergé ; l'ouvrage fut tour à tour autorisé, défendu, toléré, et enfin Diderot découvrit un jour les mutilations que son éditeur avait fait subir à l'œuvre commune pour se ménager les bonnes grâces des pouvoirs politiques.

L'influence de l'ouvrage de Diderot et de d'Alembert fut profonde sur le mouvement intellectuel du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe.


[...]

Que ceux qui nous ont précédés ne soient pas jaloux de nous ; nous serons remplacés nous-mêmes un jour, comme ils l'ont été successivement les uns et les autres.

Penser faire une encyclopédie qui ne doive jamais disparaitre serait une espérance chimérique.

Dans un quart de siècle, la science humaine aura marché. Des faits anciennement connus se seront modifiés ou seront mieux appréciés, des faits nouveaux se seront révélés, des théories anciennes seront mortes, des théories nouvelles seront nées. Les mêmes mots peuvent à vingt ou trente ans d'intervalle n'avoir plus la même valeur. Et à ce changement dans la nature des choses, il faudra bien que corresponde un changement dans la manière de les exposer ; — c'est-à-dire qu'à un ensemble de faits nouveaux, d'idées nouvelles, il faut une encyclopédie nouvelle.

Que l'on ne s'émeuve pas, d'ailleurs, de cette vie éphémère d'une encyclopédie.

L'œuvre n'en aura pas moins eu son jour et son utilité.

Les encyclopédies ne tombent pas comme les feuilles, et leurs printemps durent de longues années. Il faut au grand public un espace de temps assez étendu pour apprécier les lacunes d'une telle œuvre et éprouver le besoin d'en voir faire une nouvelle édition. Entre deux encyclopédies successives marquant chacune une étape de l'humanité, il y a une période intermédiaire ; celle qui est née peut continuer à vivre, celle qui doit venir n'est pas encore à terme.

Puissions-nous marquer cette constatation du travail humain, ce tableau de notre temps, de traits qui en fassent vivre le souvenir, comme vit encore de nos jours le souvenir de l'œuvre de Diderot et de d'Alembert !

Études
Lexicographie et terminologie au détour du XIXe siècle : La Grande Encyclopédie, par Christine Jacquet-Pfau, in Langages (2007)

-> encyclopédies anciennes du Moyen Âge au XIXe siècle

-> encyclopédie de Diderot & d'Alembert

-> histoire de la langue française & histoire des dictionnaires

-> langue française du XIXe & XVIIIe siècles

-> dictionnaire français (contemporain)

-> encyclopédie en ligne (contemporaine)