OLYMPIQUE adj.
Qui appartient à la ville d'Olympie. Antiq. gr.
Se dit des jeux qu'on célébrait tous les quatre ans à
Olympie, et de tout ce qui concerne ces jeux: Jeux OLYMPIQUES. Victoire
OLYMPIQUE. Lutteurs OLYMPIQUES.
Il y avait quelque chose de grand dans les jeux olympiques, car c'était
à la fois une fête nationale et une fête religieuse.
Guéroult
Vois-tu dans la carrière antique, Autour des coursiers et des chars, Jaillir
la poussière olympique.
Lamartine
Jeux olympiques
On appelait ainsi, dans l'ancienne Grèce, des jeux, célébrés
tous les quatre ans en l'honneur de Zeus (Jupiter), dans l'enceinte sacrée
d'Olympie. Ces jeux, institués, selon la légende hellénique,
par Hercule, furent, après une longue interruption, rétablis,
d'après les conseils de Lycurgue, par le roi Iphitos; mais ce ne
fut que cent huit ans plus tard que fût ouvert le registre public
sur lequel furent inscrits les noms des vainqueurs à la course;
le premier qui fut inscrit se nommait Corebos, et c'est de cette époque
seulement que l'on commença à compter par olympiades. On
procédait aux jeux Oympiques par un décret qui suspendait
toute hostilité s'il y avait lieu. Si des troupes entraient alors
dans la terre sacrée d'Olympie, elles étaient condamnées,
nous apprend Thucydide, à une amende de deux mines par soldat.
La police des jeux appartenait aux Eléens, qui en réglaient
l'ordre, veillaient à l'équité des jugements et interdisaient
le concours aux nations étrangères à la confédération
hellénique, et même à celles des cités grecques
accusées d'avoir violé les règlements faits pour
maintenir l'ordre pendant les fêtes. Hérodote raconte que
les Eléens envoyèrent autrefois des députés
chez les Egyptiens pour savoir des sages de cette nation si, en rédigeant
les règlements des jeux, ils n'avaient rien oublié, et qu'il
leur fut répondu qu'ils avaient oublié de s'exclure eux-mêmes
du concours, point essentiel puisqu'ils en étaient les juges. Malgré
la réponse des sages de l'Égypte, les Eléens furent admis
au concours et ils y obtinrent assez souvent le prix. Nous allons décrire
les jeux tels qu'ils furent célébrés vers la Cème
olympiade, c'est-à-dire dans leur état de complète
perfection. A chaque olympiade, on tirait au sort les juges ou présidents
des jeux; on en prenait un dans chaque tribu, ce qui donnait un total
de huit magistrats. Ils s'assemblaient à Elis, dix mois avant la
célébration des jeux, et employaient tout ce temps à
s'instruire de leurs fonctions auprès des dépositaires et
des interprètes de la règle. Ils exerçaient en même
temps les athlètes venus de toutes parts pour se faire inscrire.
Déroulement
On sait l'importance de l'athlète dans la civilisation hellénique.
Les arts les plus nobles se mettaient au service de l'éphebe vainqueur
: Pindare le chantait, Phidias le sculptait. L'école dorienne surtout
se consacrait presque exclusivement la représentation sculptée
des vainqueurs d'Olympie. Tous les peuples de la confédération
hellénique accouraient à ces grandes fêtes patriotiques;
mais les femmes n'y étaient pas admises; la peine était
terrible pour celles qui osaient enfreindre cette loi : on les précipitait
du haut d'un rocher. Une seule exception avait été introduite
à cette loi sévère en faveur des prêtresses,
qui, pendant certains exercices, occupaient une place qui leur avait été
assignée.
"Le premier
jour des fêtes, dit Barthélémy, tombe au onzième
jour du mois hécatombéon, qui commence à la nouvelle
lune, pendant le solstice d'été ; elles durent cinq jours;
à la fin du dernier, qui est celui de la pleine lune, se fait la
proclamation solennelle des vainqueurs. C'est le soir que la solennité
commençait. Elle s'ouvrait par des sacrifices offerts dans le temple
de Jupiter Olympien et dans tous les sanctuaires de la cité. Tous
les temples étaient ornés de festons et de guirlandes, et
arrosés, selon les rites, du sang des victimes."
"On commençait,
dit Pausanias, par le grand autel de Jupiter, placé entre le temple
de Junon et l'enceinte de Pélops. C'est le principal objet de la
dévotion des peuples; c'est là que les Eléens offrent
tous les jours des sacrifices. Les cérémonies se prolongeaient
fort avant dans la nuit et se faisaient au son des instruments, à
la clarté de la lune approchant de son plein, avec un ordre et
une magnificence propres à inspirer à la fois la surprise
et le respect."
Stade olympique
La carrière olympique se divisait en deux parties : le stade et l'hippodrome. Le stade
est une chaussée de 600 pieds de longueur et d'une largeur proportionnée ; c'est
là que se font les courses à pied et que se donnent la plupart des combats. L'hippodrome
est destiné aux courses des chars et des chevaux. Un de ses côtés s'étend
sur une colline ; l'autre côté, un peu plus long, est formé par une chaussée ;
sa largeur est de 600 pieds, sa longueur du double ; il est séparé du stade par un édifice
qu'on appelle barrière. C'est un portique devant lequel est une cour spacieuse, faite en forme
de proue de navire, dont les murs vont en se rapprochant l'un de l'autre et laissent à leur extrémité
une ouverture assez grande pour que plusieurs chars y passent à la fois. Dans l'intérieur
de cette cour, on a construit, sur différentes lignes parallèles, des remises pour les
chars et les chevaux. Le stade et l'hippodrome étaient ornés de statues, d'autels et d'autres
monuments: on y affichait l'ordre des combats qui devaient se donner. Assez généralement
on consacrait les matinées aux exercices légers, c'est-à-dire aux différentes
espèces de courses, et l'on réservait pour les après-midi les exercices violents,
tels que la lutte, le pugilat, etc.
Le jour où les jeux devaient commencer, les athlètes se rendaient, dès
le point du jour, dans la chambre du sénat où siégeaient
les huit présidents des jeux en habits magnifiques et revêtus
des insignes de leur dignité. Là, au pied d'une statue de
Jupiter et sur les membres sanglants des victimes, les athlètes
prenaient les dieux à témoin qu ils s'étaient exercés
pendant dix mois aux combats auxquels ils allaient se livrer. Ils promettaient
de ne point user de ruse; leurs parents et leurs amis faisaient le même
serment. Cette cérémonie achevée, les athlètes
se rendaient au stade, s'y dépouillaient entièrement de
leurs vêtements, chaussaient des brodequins et se faisaient frotter
d'huile par tout le corps. Aussitôt que les présidents ont
pris place, un héraut s'écrie :
"Que les coureurs du stade se présentent."
Les concurrents se placent alors sur une ligne suivant le rang que le sort leur a assigné.
Le héraut proclame leurs noms et ceux de leur patrie, et ajoute
cette formule :
"Quelqu'un peut-il reprocher à ces athlètes d'avoir été dans les
fers ou d'avoir mené une vie honteuse ?"
Puis, si nulle réponse ne sort de la foule, la trompette donne le signal. Les
coureurs s'élancent et s'arrêtent à la borne où
se tiennent les présidents des jeux. Un héraut proclame
le nom du vainqueur. Cette sorte de course était la plus simple
et la plus ancienne. On faisait aussi courir ensemble des enfants de moins
de douze ans, et des hommes portant un casque, un bouclier et de lourdes
bottines. Certains champions devaient parcourir le double stade, c'est-à-dire
qu'après avoir atteint le but et doublé la borne ils devaient
retourner au point de départ ; d'autres fournissaient douze fois
la longueur du stade.
Hippodrome
L'hippodrome était le lieu où se faisait la course des chevaux et celle
des chars. Les riches, comme le fait observer Isocrate, pouvaient seuls
livrer ces combats qui exigeaient de grandes dépenses. Les riches
couraient ou faisaient courir, car on n'était pas obligé
de disputer soi-même le prix des chars. Les rois, les républiques
envoyaient des chevaux et des cochers, et l'on trouve sur la liste des
vainqueurs Pausanias, roi de Sparte; Archelaus, roi de Macédoine;
Gélon et Hiéron, rois de Syracuse, Théron, roi d'Agrigente,
qui certainement ne concoururent pas en personne. Alcibiade envoya une
fois sept chars dans la carrière et remporta le premier, le second
et le quatrième prix. Pausanias décrit le mécanisme
qui servait à donner aux chars le signal du départ. L'appareil
consistait en un dauphin de bronze placé au commencement de la
lice et en un aigle de même métal posé sur un autel
au milieu de la barrière. Au moment du départ, le dauphin
s'abaissait et se cachait dans la terre, l'aigle s'élevait, les
ailes déployées, et se montrait aux spectateurs. Au tournant,
les chars rencontraient une borne; plus d'un venait s'y heurter, et Horace
signale comme un insigne bonheur d'avoir su l'éviter : Metaque
fervidis evilata rôtis. Les courses des chars étaient exécutées
par des biges attelés de chevaux, de poulains, conduits par des
hommes, par des enfants.
La course
à quatre chevaux était la dernière et la plus brillante.
"Pour en voir
les préparatifs, raconte Anacharsis, nous entrâmes dans la
barrière ; nous y trouvâmes plusieurs chars magnifiques,
retenus par des câbles qui s'étendaient le long de chaque
file, et qui devaient tomber l'un après l'autre. Ceux qui les conduisaient
n'étaient vêtus que d'une étoffe légère.
Leurs coursiers, dont ils pouvaient à peine modérer l'ardeur,
attiraient tous les regards par leur beauté, quelques-uns par les
victoires qu'ils avaient déjà remportées. Dès
que le signal fut donné, ils s'avancèrent jusqu'à
la seconde ligne, et, s'étant ainsi réunis avec les autres
lignes, ils se présentèrent tous de front au commencement
de la carrière. Dans l'instant on les vit, couverts de poussière,
se croiser, se heurter, entraîner les chars avec une rapidité
que l'il avait peine à suivre. Leur impétuosité
redoublait quand ils se trouvaient en présence de la statue d'un
génie qui, dit-on, les pénètre d'une terreur secrète
; elle redoublait lorsqu'ils entendaient le son bruyant des trompettes
placées auprès d'une borne fameuse par les naufrages qu'elle
occasionne. Posée dans la largeur de la carrière, elle ne
laisse pour le passage des chars qu'un défilé assez étroit,
où l'habileté des guides vient très souvent échouer.
Le péril est d'autant plus redoutable qu'il faut doubler la borne
jusqu'à douze fois ; car on est obligé de parcourir douze
fois la longueur de l'hippodrome, soit en allant, soit en revenant."
Sports de combat
La lutte était le plus simple de ces exercices : elle consistait à jeter son adversaire
par terre et à le forcer de s'avouer vaincu. Les athlètes qui devaient concourir se
tenaient dans un portique voisin, d'où on les faisait sortir, au moment de commencer, pour
les amener devant les présidents des jeux. On rirait au sort l'ordre des combats et, par le
sort aussi, on appareillait les combattants. Le nombre des lutteurs devait être impair, le dernier
étant réservé pour combattre les vainqueurs des autres. Les athlètes se
mettaient nus, se frottaient d'huile et se roulaient dans le sable. Ils s'approchent, dit Lucien,
se mesurent des yeux et s'empoignent par les bras. Tantôt, appuyant leur front l'un contre l'autre,
ils se poussent avec une action égale, paraissent immobiles et s'épuisent en efforts
superflus ; tantôt ils s'ébranlent par des secousses violentes, s'entrelacent comme des
serpents, s'allongent, se raccourcissent, se plient en avant, en arrière, sur les cotés;
une sueur abondante coule de leurs membres affaiblis; ils respirent un moment, se prennent par le
milieu du corps et, après avoir employé de nouveau la ruse et la force, l'un d'eux enlève
son adversaire ; mais il plie sous le poids : ils tombent, se roulent dans la poussière et
reprennent tour à tour le dessus. L'un des adversaires à la fin, par l'entrelacement
de ses jambes et de ses bras suspend tous les mouvements de son adversaire, qu'il tient sous lui,
le serre à la gorge et le force à lever la main pour marque de sa défaite, et
la palme, toutefois, ne s'obtenait que lorsque le vainqueur avait deux fois au moins terrassé
son rival et, ordinairement, ils en venaient trois fois aux mains.
Le pugilat était
un exercice autrement terrible que la lutte. Les athlètes qui s'y
livraient étaient appareillés par le sort de la même
façon que lès lutteurs. Ils avaient la tête protégée
par une calotte d'airain et leurs poings armés de gantelets formés
de lanières de cuir croisées en tous sens. Cet exercice
était toujours sanglant et souvent mortel. Les athlètes
qui s'y livraient mouraient presque tous avant l'âge, et, dans la
liste des vainqueurs aux jeux, remarque Aristote, on en retrouve à
peine deux ou trois ayant remporté des prix dans leur enfance et
dans un âge plus avancé. Vain remède à ces
jeux barbares que la loi qui défend au vainqueur de tuer son adversaire,
sous peine de perdre sa couronne. Du reste, cet exercice était
le moins estimé de tous et on l'abandonnait aux gens du peuple.
Le pancrace comprenait la lutte et le pugilat; mais, dans ce dernier exercice,
les poings étaient nus et portaient des coups moins dangereux;
la victoire dépendait surtout de la force qu'on mettait à
serrer les doigts de son adversaire.
Pentathle
Le pentathle, comme son nom l'indique, comprenait cinq genres d'exercices : la lutte, la course, le saut, le jet du disque et celui du javelot.
Dans ce dernier exercice, il suffit, dit Barthélémy, de lancer
le javelot et de frapper au but proposé. Les disques ou palets
sont des masses de métal ou de pierre, de forme lenticulaire, très
lourdes, dont la surface est polie, ce qui les rend difficiles a saisir.
On en conserve trois à Olympie, qu'on présente à
chaque renouvellement des jeux, et dont l'un est percé d'un trou
pour y passer une courroie. L'athlète, placé sur une petite
élévation qui existe dans le stade, tient le palet avec
sa main, l'agite circulairement et le lance de toutes ses forces : le
palet vole dans les airs, tombe et roule dans la lice. On marque l'endroit
où il s'arrête, et c'est à le dépasser que
tendent les etforts successifs des autres athlètes."
L'exercice du saut
se pratiquait au son de la flûte, qui, en y ajoutant le rythme,
le faisait participer de la danse. Le scoliaste d'Aristophane cite un
sauteur qui s'éleva en l'air à une hauteur de 50 pieds.
C'est peu croyable, malgré les contrepoids que les athlètes
tenaient dans leurs mains et qui leur donnaient le moyen de franchir un
grand espace. Le prix du pentathle, le plus estimé de tous puisqu'il
renfermait dans son ensemble l'objet entier de la gymnastique, se décernait
aux athlètes qui avaient triomphé au moins dans les trois
premiers combats auxquels ils avaient pris part.
Vainqueurs
Le dernier jour des fêtes était destiné à couronner
les vainqueurs. Des sacrifices solennels précédaient la
cérémonie, qui avait lieu dans un bois sacré. Les
présidents des jeux, suivis des vainqueurs, se rendaient ensuite
au théâtre aux sons de la flûte. Là, un hymne
était chanté eu l'honneur des vainqueurs. Le célèbre
Archiloque avait composé un grand nombre de ces hymnes; il nous
reste ceux de Pindare. Les couronnes des vainqueurs étaient cueillies
à un arbre situé derrière le temple de Jupiter Olympien.
Une légende hellénique témoigne de la joie et de
l'ivresse que ces triomphes inspiraient; elle raconte que Chilon, un sage
y était mort de bonheur en embrassant son fils victorieux. Cicéron
rapporte un autre fait du même genre.
"Diagôras
de Rhodes, dit-il dans ses Tusculanes, amena aux jeux Olympiques deux
de ses enfants qui, ayant mérité la couronne, la posèrent
sur la tête de leur père et portèrent ce vieillard
en triomphe au milieu des spectateurs, qui lui jetaient des fleurs et
lui, disaient : «Meurs Diagoras, car tu n'as rien à désirer»
Aussitôt Diagôras expira."
L'athlète vainqueur avait une position éclatante dans le monde hellénique
: souvent l'Etat lui fournissait une honnête subsistance. La poésie,
la sculpture célébraient ses hauts faits ; les chevaux vainqueurs
avaient eux-mêmes de l'avoine dorée pour leur vieillesse
et des pyramides après leur mort.
Jeux olympiques : article de l'Encyclopédie de Diderot & d'Alembert (XVIIIe)