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William Jackson
(1796-1858)





William Stackhouse Jackson





William Stackhouse Jackson est le fils de James Jackson
& Elizabeth Stackhouse


William Jackson est né le 11 janvier 1796 à Lancaster,
il épouse le 20 février 1838, à Hérimoncourt, Louise Peugeot (1811-1878)
il est décédé le 19 septembre 1858 à Paris.

William Jackson & Louise Peugeot sont les parents de deux fils :

- William Fritz Jackson (1841-1895)

- James Jackson (1843-1895)


En 1852, la famille quitte la région de Saint-Étienne pour Paris. William Jackson loue avec son beau-frère Georges Peugeot, une maison au 70 avenue des Champs-Élysées.

Le 1er avril 1855, il achète la maison du 15 avenue d'Antin (aujourd'hui avenue Franklin Roosevelt dans le VIIIe). Son fils, James Jackson habitera cette maison et son frère, William Jackson, la maison voisine, 17 avenue d'Antin. Seule cette demeure existe aujourd'hui.

William Jackson
par M. Gruet, le précepteur qu'il avait choisi pour ses fils deux ans auparavant.
discours prononcé le 21 septembre 1858, sur la tombe de William Jackson.

Au moment de nous éloigner de ce caveau où sont déposés les restes mortels de l'excellent homme à qui nous rendons les derniers devoirs, laissez-moi vous rappeler cette parole de nos Saints Livres : « La mémoire du juste sera en bénédiction », et permettez que je rende encore à cet homme de bien un hommage suprême, non pour lui donner de vains éloges dont il n'a pas besoin, mais pour remplir un devoir qui m'est dicté par des relations de chaque jour et par le souvenir de la haute confiance dont il m'honorait.


Oui, la mémoire du juste sera en bénédiction. La carrière de M. William Jackson sera un témoignage éclatant de ce que peut le travail, l'intelligence et le courage au service de la probité. Ce serait une utile leçon pour notre temps qui recherche à tout prix le succès, que cette vie si bien remplie et trop tôt terminée, qui montre si bien que l'honnête et le vrai sont la seule route gui conduise aux succès durables. Qu'il serait instructif de le suivre à travers les diverses vicissitudes qu'il a traversées, et de le voir, alors qu'il n'avait pas vingt ans, servant d'aide et déjà de conseiller a son père, homme entreprenant et hardi, lorsqu'ils arrivèrent en France à la tète d'une famille nombreuse. C'était à l'époque de la première Restauration. Les temps semblaient mal choisis, surtout de la part d'un Anglais, pour implanter chez nous une industrie dans laquelle nos voisins jouissaient d'une supériorité alors incontestée. Chose étonnante et qui semble digne de figurer à côté des événements de cette époque, l'empereur Napoléon Ier, pendant les Cent Jours, trouva le moyen d'accorder une audience à M. Jackson père et de l'aider dans le projet de doter la France d'une industrie nouvelle. Le gouvernement de la seconde Restauration ne fut pas moins favorable à l'entreprise de la famille Jackson : malheureusement des préventions locales, la pusillanimité des capitalistes paralysèrent d'abord les efforts et furent sur le point de faire avorter les projets de M. Jackson. Pour comble de malheur, la mère de cette famille, encore étrangère dans le pays où elle s'était établie, lui avait été enlevée après dix mois de séjour en France, des suites d'une maladie dont elle avait apporté le germe d'Angleterre.


C'est alors, Messieurs, c'est en face de ces épreuves, que M. William déploya les vertus des forts. La mauvaise fortune, loin de l'abattre, retrempa son courage. Réduit pendant quelque temps à donner des leçons d'anglais aux officiers d'artillerie de Saint-Étienne, il accepta cette tâche sans rougir. Bientôt, à l'aide de quelques ressources péniblement amassées et de quelques secours difficilement obtenus, ils purent reprendre l'œuvre interrompue. M. William ne reportait jamais ses regards sur cette période difficile, sans bénir Dieu de lui avoir donné la force de la traverser sans faiblir ; il la considérait toujours, malgré les fatigueés et les mécomptes qu'il dut supporter, comme la plus heureuse de sa vie, et il aimait à la présenter à ses enfants pour leur apprendre à ne point s'enorgueillir de sa richesse et à chercher comme lui la paix et le bonheur dans le travail.


Je n'ai pas besoin de vous dire à vous, Messieurs, qui l'avez connu, les admirables qualités que M. William a montrées dans la conduite de leur entreprise avec le concours de ses frères ; on sait qu'elle leur a valu une réputation européenne. Son esprit d'ordre et de conciliation, son amour de la paix et du travail, sa bienveillance universelle, avaient fait de lui comme le patriarche de cette famille alors si unie, et dont la séparation fut un des plus grands chagrins de sa vie. La mort prématurée et inattendue de son plus jeune frère, M. Charles Jackson, qui l'avait toujours si intelligemment secondé et qui lui était resté attaché par les liens les plus puissants, acheva de jeter en M. William les germes de tristesse et de maladie auxquels il a succombé après cinq mois de lutte et de patience héroïque.


Oui, la mémoire de ce juste sera en bénédiction, non seulement pour ce qu'il a été dans les temps difficiles, mais encore pour ce qu'il est devenu lorsque la prospérité eut récompensé ses travaux. Il ne m'appartient pas de dire tout le bien qu'il a fait aux membres de sa famille moins bien favorisés que lui : c'est surtout de ces sortes de bienfaits qu'il faut appliquer cette pensée : « Ce que la main droite donne, la main gauche doit l'ignorer. » Mais ce que je dirai, c'est la sympathie active et généreuse qu'il montrait pour toutes les misères soit du corps, soit de l'âme ; c'est la part empressée qu'il pinait à toutes les œuvres de charité, à toutes les institutions propres à répandre l'instruction parmi les classes pauvres et à soulager les douleurs de tous ceux qui souffrent. Il souscrivait avec joie pour l'entretien des écoles primaires ; son nom figure au nombre des membres de l'Institut d'Afrique, cette noble protestation d'hommes de cœur contre la traite des nègres ; et c'est grâce à un don de 45 000 francs qu'il fit en commun avec sa femme et son frère Charles que s'élève aujourd'hui un temple à Saint-Étienne. J'ai été souvent chargé de faire appel à sa charité, et je dois dire que jamais je ne l'ai fait en vain : toujours il m'a donné avec joie et et d'une main tendre et libérale, et j'ai retenu de lui cette parole qui devrait servir de guide à tous les riches d'ici-bas : « Chez nous les dépenses de la bienfaisance dépassent celles du plaisir. »


Comment la mémoire de ce juste ne serait-elle pas en bénédiction sur ses enfants ? En leur laissant un nom sans tache, il leur donne un bien supérieur à toutes les richesses : l'estime, le respect et l'honneur dont il était entouré pendant sa vie sont pour eux, après sa mort, comme un talisman qui les grandit et les protège contre les séductions du monde. Oui, chers enfants, vous êtes tenus à le porter dignement, ce nom vénéré que vous a laissé votre père…


La mémoire du juste sera aussi en bénédiction pour sa veuve. Celle qu'il a jugée digne d'être la compagne de sa vie et la confidente de ses plus intimes pensées, recueille aussi sa part du respect et de l'estime qu'il laisse après lui. Elle trouvera dans le nom qu'elle porte un encouragement à maintenir dans sa famille les habitudes d'ordre, de bienfaisance et de piété qui faisaient la joie de son époux ; et puis, le souvenir des soins affectueux et de l'incessante sollicitude dont elle entoura les derniers jours de leur union ici-bas, sera pour elle une force bénie et une éternelle consolation.


Enfin, Messieurs, la mémoire du juste que nous pleurons sera en bénédiction sur nous tous : nos regrets seront quelque chose de plus qu'un stérile hommage à sa vertu ; ils seront un stimulant et un exemple pour la nôtre. La contemplation des vertus, du caractère d'un tel homme est un spectacle fécond qui élève l'âme et la fortifie.


Mais, si bénie que soit sur cette terre la mémoire du juste qui la quitte, ce ne serait encore là, pour lui comme pour ceux qui le perdent, qu'une compensation bien incertaine, bien passagère et bien insuffisante, s'il ne lui était pas donné d'espérer et d'obtenir une bénédiction supérieure. Que lui servirait-il d'avoir marqué son passage au milieu de la foule par une trace de bienfaits, si cette trace devait bientôt s'effacer après lui et s'interrompre à sa mort, comme le sillon du navire que tout à coup l'abîme engloutit pour toujours ?… C'est donc à la fois un besoin de nos cœurs, un cri de nos consciences, une vérité nécessaire à notre raison, et c'est la volonté de Dieu : que l'homme qui fait le bien trouve en lui-même, dans la satisfaction du devoir accompli, une source de bénédictions ineffables qui se continue au delà de la tombe, s'étend, s'épure et se perpétue dans une immortalité bienheureuse. C'est là surtout une espérance positive pour nous qui voyons en Jésus-Christ, notre maître, notre modèle et notre Sauveur ; car la résurrection de Celui qui s'est nommé notre frère, est le gage de la nôtre ; et certaine est la promesse du Saint des saints qui nous a dit au lendemain du sépulcre : « Parce que je vis, vous vivrez. »


Détachez donc vos regards de ces froides pierres qui ne contiennent plus qu'une dépouille mortelle : celui que vous aimez n'est plus là. Il est où le Seigneur l'a précédé pour lui préparer une place ; il est où « sont montées ses aumônes en mémoire devant Dieu » (Actes X, 4) ; il est dans l'une de ces demeures célestes de la maison de Dieu dont parle Jésus-Christ ; il y poursuit désormais son existence ici-bas commencée, et il y jouit du bien qu'il a fait.


Emportez donc dans vos cœurs cette précieuse assurance, vous tous qui le pleurez ; vous surtout, chers enfants, qui ne pouvez encore mesurer toute l'étendue de votre perte, et à qui chaque année apportera de nouveaux motifs de regrets. Vous ne verrez plus cette figure vénérable, où rayonnaient la bienveillance et la sérénité de son âme ; vous n'entendrez plus cette voix toujours tendre et douce, alors même qu'elle était sévère. Mais si vous êtes assurés qu'il vous voit, qu'il vous suit, qu'il vous attend « dans un monde où il n'y a plus ni deuil, ni cri, ni tourment » (Apocalypse XXI, 4), et où l'on ne connaît plus les douleurs des séparations déchirantes ; si vous avez cette espérance consolante, vous ne l'aurez pas perdu tout entier. L'influence de sa vie s'étendra sur la vôtre, et sa mort se changera pour vous en une source nouvelle de bénédictions.


Emportez-la aussi, Messieurs, cette assurance précieuse, vous qui, en accompagnant jusqu'ici ce cortège funèbre, avez voulu donner à un homme de bien, à une mère et à des enfants désolés, un témoignage certain de votre sympathie. Emportons-la tous comme une consolation pour le jour où nous serons frappés nous-mêmes dans ceux qui nous sont chers ; emportons-la comme une force pour la vie, et comme un secours à l'heure de la mort. Et alors la parole du Saint Livre se trouvera vérifiée : « La mémoire du juste sera vraiment en bénédiction. »




Source : James Jackson et ses fils


Note

- « la mémoire du juste sera en bénédiction » : Proverbes 10,7.

Jackson Frères, Notices biographiques stéphanoises, Denis Descreux (1868)

James Jackson et ses fils par William Fritz Jackson, fils de William Stackhouse Jackson (1893) (+ version texte PDF)


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