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Vie de Jésus par Ernest Renan |
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Chapitre XV Commencement de la légende de Jésus Idée qu'il a lui-même de son rôle surnaturel |
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Jésus rentra en Galilée ayant complètement perdu
sa foi juive, et en pleine ardeur révolutionnaire. Ses idées
maintenant s'expriment avec une netteté parfaite. Les innocents
aphorismes de son premier âge prophétique, en partie
empruntés aux rabbis antérieurs, les belles prédications
morales de sa seconde période aboutissent à une politique
décidée. La Loi sera abolie ; c'est lui qui l'abolira [1]. Le Messie est venu ; c'est
lui qui l'est. Le royaume de Dieu va bientôt se révéler ;
c'est par lui qu'il se révélera. Il sait bien qu'il
sera victime de sa hardiesse ; mais le royaume de Dieu ne peut être
conquis sans violence ; c'est par des crises et des déchirements
qu'il doit s'établir [2]. Le Fils de l'homme, après
sa mort, viendra avec gloire, accompagné de légions
d'anges, et ceux qui l'auront repoussé seront confondus. L'audace d'une telle conception ne doit pas nous surprendre. Jésus
s'envisageait depuis longtemps avec Dieu sur le pied d'un fils avec
son père. Ce qui chez d'autres serait un orgueil insupportable,
ne doit pas chez lui être traité d'attentat. Le titre de «fils de David» fut
le premier qu'il accepta, probablement sans tremper dans les fraudes
innocentes par lesquelles on chercha à le lui assurer. La famille
de David était, a ce qu'il semble, éteinte depuis longtemps [3] ; les Asmonéens, d'origine
sacerdotale, ne pouvaient chercher à s'attribuer une telle
descendance ; ni Hérode, ni les Romains ne songent un moment
qu'il existe autour d'eux un représentant quelconque des droits
de l'antique dynastie. Mais depuis la fin des Asmonéens, le
rêve d'un descendant inconnu des anciens rois, qui vengerait
la nation de ses ennemis, travaillait toutes les têtes. La croyance
universelle était que le Messie serait fils de David et naîtrait
comme lui à Bethléhem [4]. Le sentiment premier de
Jésus n'était pas précisément cela. Le
souvenir de David, qui préoccupait la masse des Juifs, n'avait
rien de commun avec son règne céleste. Il se croyait
fils de Dieu, et non pas fils de David. Son royaume et la délivrance
qu'il méditait étaient d'un tout autre ordre. Mais l'opinion
ici lui fit une sorte de violence. La conséquence immédiate
de cette proposition : «Jésus est le Messie» était
cette autre proposition : «Jésus est fils de David.» Il
se laissa donner un titre sans lequel il ne pouvait espérer
aucun succès. Il finit, ce semble, par y prendre plaisir, car
il faisait de la meilleure grâce les miracles qu'on lui demandait
en l'interpellant ainsi [5].
Ici, comme dans plusieurs autres circonstances de sa vie, Jésus
se plia aux idées qui avaient cours de son temps, bien qu'elles
ne fussent pas précisément les siennes. Il associait à son
dogme du «royaume de Dieu» tout ce qui échauffait
les cœurs et les imaginations. C'est ainsi que nous l'avons vu
adopter le baptême de Jean, qui pourtant ne devait pas lui importer
beaucoup. Une grave difficulté se présentait : c'était
sa naissance à Nazareth, qui était de notoriété publique.
On ne sait si Jésus lutta contre cette objection. Peut-être
ne se présenta-t-elle pas en Galilée, où l'idée
que le fils de David devait être un bethléhémite était
moins répandue. Pour le galiléen idéaliste, d'ailleurs,
le titre de «fils de David» était suffisamment
justifié, si celui à qui on le décernait relevait
la gloire de sa race et ramenait les beaux jours d'Israël. Autorisa-t-il
par son silence les généalogies fictives que ses partisans
imaginèrent pour prouver sa descendance royale [6] ?
Sut-il quelque chose des légendes inventées pour le
faire naître à Bethléhem, et en particulier du
tour par lequel on rattacha son origine bethléhémite
au recensement qui eut lieu par l'ordre du légat impérial,
Quirinius [7] ? On l'ignore. L'inexactitude
et les contradictions des généalogies [8] portent à croire
qu'elles furent le résultat d'un travail populaire s'opérant
sur divers points, et qu'aucune d'elles ne fut sanctionnée
par Jésus [9]. Jamais il ne se désigne
de sa propre bouche comme fils de David. Ses disciples, bien moins éclairés
que lui, enchérissaient parfois sur ce qu'il disait de lui-même ;
le plus souvent il n'avait pas connaissance de ces exagérations.
Ajoutons que, durant les trois premiers siècles, des fractions
considérables du christianisme [10] nièrent obstinément
la descendance royale de Jésus et l'authenticité des
généalogies. Sa légende était ainsi le fruit d'une grande conspiration
toute spontanée et s'élaborait autour de lui de son
vivant. Aucun grand événement de l'histoire ne s'est
passé sans donner lieu à un cycle de fables, et Jésus
n'eût pu, quand il l'eût voulu, couper court à ces
créations populaires. Peut-être un œil sagace eût-il
su reconnaître dès lors le germe des récits qui
devaient lui attribuer une naissance surnaturelle, soit en vertu de
cette idée, fort répandue dans l'antiquité, que
l'homme hors ligne ne peut être né des relations ordinaires
des deux sexes ; soit pour répondre à un chapitre mal
entendu d'Isaïe [11], où l'on croyait
lire que le Messie naîtrait d'une vierge ; soit enfin par suite
de l'idée que le «Souffle de Dieu» déjà érigé en
hypostase divine, est un principe de fécondité [12]. Déjà peut-être
couraient sur son enfance plus d'une anecdote conçue en vue
de montrer dans sa biographie l'accomplissement de l'idéal
messianique [13], ou, pour mieux dire, des
prophéties que l'exégèse allégorique du
temps rapportait au Messie. D'autres fois, on lui créait dès
le berceau des relations avec les hommes célèbres, Jean-Baptiste,
Hérode le Grand, des astrologues chaldéens qui, dit-on,
firent vers ce temps-là un voyage à Jérusalem [14], deux vieillards, Siméon
et Anne, qui avaient laissé des souvenirs de haute sainteté [15].
Une chronologie assez lâche présidait à ces combinaisons,
fondées pour la plupart sur des faits réels travestis [16]. Mais un singulier esprit
de douceur et de bonté, un sentiment profondément populaire,
pénétraient toutes ces fables, et en faisaient un supplément
de la prédication [17]. C'est surtout après
la mort de Jésus que de tels récits prirent de grands
développements ; on peut croire cependant qu'ils circulaient
déjà de son vivant, sans rencontrer autre chose qu'une
pieuse crédulité et une naïve admiration. Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer
pour une incarnation de Dieu lui-même, c'est ce dont on ne saurait
douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit
juif ; il n'y en a nulle trace dans les évangiles synoptiques [18] ;
on ne la trouve indiquée que dans des parties de l'évangile
de Jean qui ne peuvent être acceptées comme un écho
de la pensée de Jésus. Parfois même Jésus
semble prendre des précautions pour repousser une telle doctrine [19]. L'accusation de se faire
Dieu ou l'égal de Dieu est présentée, même
dans l'évangile de Jean, comme une calomnie des Juifs [20].
Dans ce dernier évangile, il se déclare moindre que
son Père [21].
Ailleurs, il avoue que le Père ne lui a pas tout révélé [22].
Il se croit plus qu'un homme ordinaire, mais séparé de
Dieu par une distance infinie. Il est fils de Dieu ; mais tous les
hommes le sont ou peuvent le devenir à des degrés divers [23]. Tous, chaque jour, doivent
appeler Dieu leur père ; tous les ressuscités seront
fils de Dieu [24]. La filiation divine était
attribuée dans l'Ancien Testament à des êtres
qu'on ne prétendait nullement égaler à Dieu [25].
Le mot «fils» a, dans les langues sémitiques et
dans la langue du Nouveau Testament, les sens
les plus larges [26].
D'ailleurs, l'idée que Jésus se fait de l'homme n'est
pas cette idée humble, qu'un froid déisme a introduite.
Dans sa poétique conception de la nature, un seul souffle pénètre
l'univers : le souffle de l'homme est celui de Dieu ; Dieu habite en
l'homme, vit par l'homme, de même que l'homme habite en Dieu,
vit par Dieu [27]. L'idéalisme transcendant
de Jésus ne lui permit jamais d'avoir une notion bien claire
de sa propre personnalité. Il est son Père, son Père
est lui. Il vit dans ses disciples ; il est partout avec eux [28] ; ses disciples sont un,
comme lui et son Père sont un [29].
L'idée pour lui est tout ; le corps, qui fait la distinction
des personnes, n'est rien. Le titre de «Fils de Dieu» ou simplement de «Fils [30]» devint ainsi pour
Jésus un titre analogue à «Fils de l'homme» et,
comme celui-ci, synonyme de «Messie» à la seule
différence qu'il s'appelait lui-même «Fils de l'homme» et
qu'il ne semble pas avoir fait le même usage du mot «Fils
de Dieu [31].» Le titre de Fils
de l'homme exprimait sa qualité de juge ; celui de Fils de Dieu
sa participation aux desseins suprêmes et sa puissance. Cette
puissance n'a pas de limites. Son Père lui a donné tout
pouvoir. Il a le droit de changer même le sabbat [32]. Nul ne connaît le
Père que par lui [33]. Le Père lui a exclusivement
transmis le droit de juger [34]. La nature lui obéit ;
mais elle obéit aussi à quiconque croit et prie ; la
foi peut tout [35].
Il faut se rappeler que nulle idée des lois de la nature ne
venait, dans son esprit, ni dans celui de ses auditeurs, marquer la
limite de l'impossible. Les témoins de ses miracles remercient
Dieu «d'avoir donné de tels pouvoirs aux hommes [36].» Il remet les péchés [37] ; il est supérieur à David, à Abraham, à Salomon,
aux prophètes [38]. Nous ne savons sous quelle
forme ni dans quelle mesure ces affirmations se produisaient. Jésus
ne doit pas être jugé sur la règle de nos petites
convenances. L'admiration de ses disciples le débordait et
l'entraînait. Il est évident que le titre de Rabbi,
dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ;
le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu
ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il
s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait
qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que
celui des autres hommes. Mais il faut remarquer que ces mots de «surhumain» et
de «surnaturel» empruntés à notre théologie
mesquine, n'avaient pas de sens dans la haute conscience religieuse
de Jésus. Pour lui, la nature et le développement de
l'humanité n'étaient pas des règnes limités
hors de Dieu, de chétives réalités, assujetties
aux lois d'un empirisme désespérant. Il n'y avait pas
pour lui de surnaturel, car il n'y avait pas de nature. Ivre de l'amour
infini, il oubliait la lourde chaîne qui tient l'esprit captif ;
il franchissait d'un bond l'abîme, infranchissable pour la plupart,
que la médiocrité des facultés humaines trace
entre l'homme et Dieu. On ne saurait méconnaître dans ces affirmations de Jésus
le germe de la doctrine qui devait plus tard faire de lui une hypostase
divine [39], en l'identifiant avec le
Verbe, ou «Dieu second [40]» ou fils aîné de
Dieu [41], ou Ange métatrône [42],
que la théologie juive créait d'un autre côté [43]. Une sorte de besoin amenait
cette théologie, pour corriger l'extrême rigueur du vieux
monothéisme, à placer auprès de Dieu un assesseur,
auquel le Père éternel est censé déléguer
le gouvernement de l'univers. La croyance que certains hommes sont
des incarnations de facultés ou de «puissances» divines, était
répandue ; les Samaritains possédaient vers le même
temps un thaumaturge nommé Simon, qu'on identifiait avec «la
grande vertu de Dieu [44].» Depuis près
de deux siècles, les esprits spéculatifs du judaïsme
se laissaient aller au penchant de faire des personnes distinctes
avec les attributs divins ou avec certaines expressions qu'on rapportait à la
divinité. Ainsi le «Souffle de Dieu» dont il est
souvent question dans l'Ancien Testament, est considéré comme
un être à part, l'«Esprit-Saint.» De même,
la «Sagesse de Dieu» la «Parole de Dieu» deviennent
des personnes existantes par elles-mêmes. C'était le
germe du procédé qui a engendré les Sephiroth de
la Cabbale, les Æons du gnosticisme, les hypostases chrétiennes,
toute cette mythologie sèche, consistant en abstractions personnifiées, à laquelle
le monothéisme est obligé de recourir, quand il veut
introduire en Dieu la multiplicité. Jésus paraît être resté étranger à ces
raffinements de théologie, qui devaient bientôt remplir
le monde de disputes stériles. La théorie métaphysique
du Verbe, telle qu'on la trouve dans les écrits de son contemporain
Philon, dans les Targums chaldéens, et déjà dans
le livre de la «Sagesse [45]» ne se laisse entrevoir
ni dans les Logia de Matthieu, ni en général
dans les synoptiques, interprètes si authentiques des paroles
de Jésus. La doctrine du Verbe, en effet, n'avait rien de commun
avec le messianisme. Le Verbe de Philon et des Targums n'est nullement
le Messie. C'est Jean l'évangéliste ou son école
qui plus tard cherchèrent à prouver que Jésus
est le Verbe, et qui créèrent dans ce sens toute une
nouvelle théologie, fort différente de celle du royaume
de Dieu [46]. Le rôle essentiel
du Verbe est celui de créateur et de providence ; or Jésus
ne prétendit jamais avoir créé le monde, ni le
gouverner. Son rôle sera de le juger, de le renouveler. La qualité de
président des assises finales de l'humanité, tel est
l'attribut essentiel que Jésus s'attribue, le rôle que
tous les premiers chrétiens lui prêtèrent [47].
Jusqu'au grand jour, il siège à la droite de Dieu comme
son Métatrône, son premier ministre et son futur
vengeur [48]. Le Christ surhumain des
absides byzantines, assis en juge du monde, au milieu des apôtres,
analogues à lui et supérieurs aux anges qui ne font
qu'assister et servir, est la très exacte représentation
figurée de cette conception du «Fils de l'homme» dont
nous trouvons les premiers traits déjà si fortement
indiqués dans le Livre de Daniel. En tout cas, la rigueur d'une scolastique réfléchie
n'était nullement d'un tel monde. Tout l'ensemble d'idées
que nous venons d'exposer formait dans l'esprit des disciples un système
théologique si peu arrêté que le Fils de Dieu,
cette espèce de dédoublement de la divinité,
ils le font agir purement en homme. Il est tenté ; il ignore
bien des choses ; il se corrige [49] ; il est abattu, découragé,
il demande à son Père de lui épargner des épreuves ;
il est soumis à Dieu, comme un fils [50]. Lui qui doit juger le monde,
il ne connaît pas le jour du jugement [51]. Il prend des précautions
pour sa sûreté [52]. Peu après sa naissance,
on est obligé de le faire disparaître pour éviter
des hommes puissants qui voulaient le tuer [53]. Dans les exorcismes, le
diable le chicane et ne sort pas du premier coup [54]. Dans ses miracles, on sent
un effort pénible, une fatigue comme si quelque chose sortait
de lui [55]. Tout cela est simplement
le fait d'un envoyé de Dieu, d'un homme protégé et
favorisé de Dieu [56]. Il ne faut demander ici
ni logique, ni conséquence. Le besoin que Jésus avait
de se donner du crédit et l'enthousiasme de ses disciples entassaient
les notions contradictoires. Pour les messianistes de l'école
millénaire, pour les lecteurs acharnés des livres de
Daniel et d'Hénoch, il était le Fils de l'homme ; pour
les juifs de la croyance commune, pour les lecteurs d'Isaïe et
de Michée, il était le Fils de David ; pour les affiliés,
il était le Fils de Dieu, ou simplement le Fils. D'autres,
sans que les disciples les en blâmassent, le prenaient pour
Jean-Baptiste ressuscité, pour Élie, pour Jérémie,
conformément à la croyance populaire que les anciens
prophètes allaient se réveiller pour préparer
les temps du Messie [57]. Une conviction absolue, ou, pour mieux dire, l'enthousiasme, qui
lui ôtait jusqu'à la possibilité d'un doute, couvrait
toutes ces hardiesses. Nous comprenons peu, avec nos natures froides
et timorées, une telle façon d'être possédé par
l'idée dont on se fait l'apôtre. Pour nous, races profondément
sérieuses, la conviction signifie la sincérité avec
soi-même. Mais la sincérité avec soi-même
n'a pas beaucoup de sens chez les peuples orientaux, peu habitués
aux délicatesses de l'esprit critique. Bonne foi et imposture
sont des mots qui, dans notre conscience rigide, s'opposent comme
deux termes inconciliables. En Orient, il y a de l'un à l'autre
mille fuites et mille détours. Les auteurs de livres apocryphes
(de «Daniel», d'«Hénoch» par exemple),
hommes si exaltés, commettaient pour leur cause, et bien certainement
sans ombre de scrupule, un acte que nous appellerions un faux. La
vérité matérielle a très peu de prix pour
l'oriental ; il voit tout à travers ses idées, ses intérêts,
ses passions. L'histoire est impossible, si l'on n'admet hautement qu'il y a pour
la sincérité plusieurs mesures. Toutes les grandes choses
se font par le peuple ; or on ne conduit le peuple qu'en se prêtant à ses
idées. Le philosophe qui, sachant cela, s'isole et se retranche
dans sa noblesse, est hautement louable. Mais celui qui prend l'humanité avec
ses illusions et cherche à agir sur elle et avec elle, ne saurait être
blâmé. César savait fort bien qu'il n'était
pas fils de Vénus ; la France ne serait pas ce qu'elle est si
l'on n'avait cru mille ans à la sainte ampoule de Reims. Il
nous est facile à nous autres, impuissants que nous sommes,
d'appeler cela mensonge, et, fiers de notre timide honnêteté,
de traiter avec dédain les héros qui ont accepté dans
d'autres conditions la lutte de la vie. Quand nous aurons fait avec
nos scrupules ce qu'ils firent avec leurs mensonges, nous aurons le
droit d'être pour eux sévères. Au moins faut-il
distinguer profondément les sociétés comme la
nôtre, où tout se passe au plein jour de la réflexion,
des sociétés naïves et crédules, où sont
nées les croyances qui ont dominé les siècles.
Il n'est pas de grande fondation qui ne repose sur une légende.
Le seul coupable en pareil cas, c'est l'humanité qui veut être
trompée. NOTES pour revenir au texte cliquer [retour] sur le navigateur ou sur le clavier [1] Les hésitations des disciples immédiats de Jésus, dont une fraction considérable resta attachée au judaïsme, pourraient soulever ici quelques objections. Mais le procès de Jésus ne laisse place à aucun doute. Nous verrons qu'il y fut traité comme «séducteur.» Le Talmud donne la procédure suivie contre lui comme un exemple de celle qu'on doit suivre contre les «séducteurs» qui cherchent à renverser la Loi de Moïse. (Talm. de Jérus., Sanhédrin, XIV, 16 ; Talm. de Bab., Sanhédrin, 43 a, 67 a). [2] Matth., XI, 12 ; Luc, XVI, 16. [3] Il est vrai que certains docteurs, tels que Hillel, Gamaliel, sont donnés comme étant de la race de David. Mais ce sont là des allégations très douteuses. Si la famille de David formait encore un groupe distinct et ayant de la notoriété, comment se fait-il qu'on ne la voie jamais figurer, à côté des Sadokites, des Boëthuses, des Asmonéens, des Hérodes, dans les grandes luttes du temps ? [4] Matth., II, 5-6 ; XXII, 42 ; Luc, I, 32 ; Jean, VII, 41-42 ; Act., II, 30. [5] Matth., IX, 27 ; XII, 23 ; XV, 22 ; XX, 30-31 ; Marc, X, 47, 52 ; Luc, XVIII, 38. [6] Matth., I, 1 et suiv. ; Luc, III, 23 et suiv. [7] Matth., II, 1 et suiv. ; Luc, II, 1 et suiv. [8] Les deux généalogies sont tout à fait discordantes entre elles et peu conformes aux listes de l'Ancien Testament. Le récit de Luc sur le recensement de Quirinius implique un anachronisme. Voir ci-dessus, p. 19-20, note. Il est naturel, du reste, que la légende se soit emparée de cette circonstance. Les recensements frappaient beaucoup les Juifs, bouleversaient leurs idées étroites, et l'on s'en souvenait longtemps. Cf. Act., V, 37. [9] Jules Africain (dans Eusèbe, H.E., I, 7) suppose que ce furent les parents de Jésus qui, réfugiés en Batanée, essayèrent de recomposer les généalogies. [10] Les Ébionim, les «Hébreux» les «Nazaréens» Talien, Marcion. Cf. Épiph., Adv. hær., XXIX, 9 ; XXX, 3, 14 ; XLVI, 1 ; Théodoret, Hæret. fab., I, 20 ; Isidore de Péluse, Epist., I, 371, ad Pansophium. [11] Matth., I, 22-23. [12] Genèse, I, 2. Pour l'idée analogue chez les Égyptiens, voir Hérodote, III, 28 ; Pomp. Mela, I, 9 ; Plutarque, Quæst. symp., VIII, I, 3 ; De Isid. et Osir., 43. [13] Matth., I, 15, 23 ; Is., VII, 14 et suiv. [14] Matth., II, 1 et suiv. [15] Luc, II, 25 et suiv. [16] Ainsi la légende du Massacre des Innocents se rapporte probablement à quelque cruauté exercée par Hérode du côté de Bethléhem. Comp. Jos., Ant., XIV, ix, 4. [17] Matth., I et II ; Luc, I et II ; S. Justin, Dial. cum Tryph., 78, 106 ; Protévang. de Jacques (apocr.), 18 et suiv. [18] Certains passages, comme Act., II, 22, l'excluent formellement. [19] Matth., XIX, 17 ; Marc, X, 18 ; Luc, XVIII, 19. [20] Jean, V, 18 et suiv. ; X, 33 et suiv. [21] Jean, XIV, 28. [22] Marc, XIII, 35. [23] Matth., V, 9, 45 ; Luc, III, 38 ; VI, 35 ; XX, 36 ; Jean, I, 12-13 ; X, 34-35. Comp. Act., XVII, 28-29 ; Rom., VIII, 14, 19, 21 ; IX, 26 ; II Cor., VI, 18 ; Galat., III, 26, et dans l'Ancien Testament, Deutér., XIV, 1, et surtout Sagesse, II, 13, 18. [24] Luc, XX, 36. [25] Gen., VI, 2 ; Job, I, 6 ; II, 1 ; XXVIII, 7 ; Ps. II, 7 ; LXXXII, 6, II Sam., VII, 14. [26] Le fils du diable (Matth., XIII, 38 ; Act., XIII, 10) ; les fils de ce monde (Marc, III, 17 ; Luc, XVI, 8 ; XX, 34) ; les fils de la lumière (Luc, XVI, 8 ; Jean, XII, 36) ; les fils de la résurrection (Luc, XX, 36) ; les fils du royaume (Matth., VIII, 12 ; XIII, 38) ; les fils de l'époux (Matth., IX, 15 ; Marc, II, 19 ; Luc, V, 34) ; les fils de la Géhenne (Matth., XXIII, 15) ; les fils de la paix (Luc, X, 6), etc. Rappelons que le Jupiter du paganisme est πατηρ ανδρων τε θεων τε. [27] Comp. Act., XVII, 28. [28] Matth., XVIII, 20 ; XXVIII, 20. [29] Jean, X, 30 ; XVII, 21. Voir en général les derniers discours de Jean, surtout le ch. XVII, qui expriment bien un côté de l'état psychologique de Jésus, quoiqu'on ne puisse les envisager comme de vrais documents historiques. [30] Les passages à l'appui de cela sont trop nombreux pour être rapportés ici. [31] C'est seulement dans l'évangile de Jean que Jésus se sert de l'expression de «Fils de Dieu» ou de «Fils» comme synonyme du pronom je. [32] Matth., XII, 8 ; Luc, VI, 5. [33] Matth., XI, 27. [34] Jean, V, 22. [35] Matth., XVII, 18-19 ; Luc, XVII, 6. [36] Matth., IX, 8. [37] Matth., IX, 2 et suiv. ; Marc, II, 5 et suiv. ; Luc, V, 20 ; VII, 47-48. [38] Matth., XII, 41-42 ; XXII, 43 et suiv. ; Jean, VIII, 52 et suiv. [39] Voir surtout Jean, XIV et suiv. Mais il est douteux que nous ayons là l'enseignement authentique de Jésus. [40] Philon. cité dans Eusèbe, Proep. Evang., VII, 13. [41] Philon, De migr. Abraham, § 1 ; Quod Deus immut., § 6 ; De confus, ling., §§ 14 et 28 ; De profugis § 20 ; De somniis, I, § 37 ; De agric. Noë, § 12 ; Quis rerum divin. hæres, § 25 et suiv., 48 et suiv., etc. [42] <Μεταθρονος, c'est-à-dire partageant le trône de Dieu ; sorte de secrétaire divin, tenant le registre des mérites et des démérites : Bereschith Rabba, V, 6 c ; Talm. de Bab., Sanhédr., 38 b ; Chagiga, 15 a ; Targum de Jonathan, Gen., V, 24. [43] Cette théorie du Λογος ne renferme pas d'éléments grecs. Les rapprochements qu'on en a faits avec l'Honover des Parsis sont aussi sans fondement. Le Minokhired ou «Intelligence divine» a bien de l'analogie avec le Λογος juif. (Voir les fragments du livre intitulé Minokhired dans Spiegel, Parsi-Grammatik, p. 161-162.) Mais le développement qu'a pris la doctrine du Minokhired chez les Parsis est moderne et peut impliquer une influence étrangère. L'«Intelligence divine» (Mainyu-Khratú) figure dans les livres zends ; mais elle n'y sert pas de base à une théorie ; elle entre seulement dans quelques invocations. Les rapprochements que l'on a essayés entre la théorie alexandrine du Verbe et certains points de la théologie égyptienne peuvent n'être pas sans valeur. Mais rien n'indique que, dans les siècles qui précèdent l'ère chrétienne, le judaïsme palestinien ait fait aucun emprunt à l'Égypte. [44] Act., VIII, 10. [45] IX, 4-2 ; XVI, 12. Comp. VII, 12 ; VIII, 5 et suiv. ; IX, et en général IX-XI. Ces prosopopées de la Sagesse personnifiée se trouvent dans des livres bien plus anciens. Prov., VIII, IX; Job, XXVIII. [46] Jean, Évang., I, 1-14 ; I Épître, V, 7 ; Apoc., XIX, 13. On remarquera, du reste, que, dans l'évangile de Jean, l'expression de «Verbe» ne revient pas hors du prologue, et que jamais le narrateur ne la place dans la bouche de Jésus. [47] Act., X, 42. [48] Matth., XXVI, 64 ; Marc, XVI, 19 ; Luc, XXII, 69 ; Act., VII, 55 ; Rom., VIII, 34 ; Ephés., I, 20 ; Coloss., III, 4 ; Hébr., I, 3, 13 ; VIII, 1 ; X, 12 ; XII, 2 ; I de S. Pierre, in, 22. V. les passages précités sur le rôle du Métatrône juif. [49] Matth., X, v, comparé à XXVIII, 19. [50] Matth., XXVI, 39 ; Jean, XII, 27. [51] Marc, XIII, 32. [52] Matth., XII, 14-16 ; XIV, 13 ; Marc, III, 6-7 ; IX, 29-30 ; Jean, VII, 1 et suiv. [53] Matth., II, 20. [54] Matth., XVII, 20 ; Marc, IX, 25. [55] Luc, 45-46 ; Jean, XI, 33, 38 [56] Act., II, 22. [57] Matth., XIV, 2 ; XVI, 14 ; XVII, 3 et suiv. ; Marc, VI, 14-15 ; VIII, 28 ; Luc, IX, 8 et suiv., 19. |
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