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Vie de Jésus par Ernest Renan |
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Chapitre IV Ordre d'idées au sein duquel se développa Jésus |
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Comme la terre refroidie ne permet plus de comprendre les phénomènes
de la création primitive, parce que le feu qui la pénétrait
s'est éteint ; ainsi les explications réfléchies
ont toujours quelque chose d'insuffisant, quand il s'agit d'appliquer
nos timides procédés d'induction aux révolutions
des époques créatrices qui ont décidé du
sort de l'humanité. Jésus vécut à un de
ces moments où la partie de la vie publique se joue avec franchise,
où l'enjeu de l'activité humaine est poussé au
centuple. Tout grand rôle, alors, entraîne la mort ; car
de tels mouvements supposent une liberté et une absence de
mesures préventives qui ne peuvent aller sans de terribles
contre-poids. Maintenant, l'homme risque peu et gagne peu. Aux époques
héroïques de l'activité humaine, l'homme risque
tout et gagne tout. Les bons et les méchants, ou du moins ceux
qui se croient et que l'on croit tels, forment des armées opposées.
On arrive par l'échafaud à l'apothéose ; les caractères
ont des traits accusés, qui les gravent comme des types éternels
dans la mémoire des hommes. En dehors de la Révolution
française, aucun milieu historique ne fut aussi propre que
celui où se forma Jésus à développer ces
forces cachées que l'humanité tient comme en réserve,
et qu'elle ne laisse voir qu'à ses jours de fièvre et
de péril. Si le gouvernement du monde était un problème spéculatif,
et que le plus grand philosophe fût l'homme le mieux désigné pour
dire à ses semblables ce qu'ils doivent croire, c'est du calme
et de la réflexion que sortiraient ces grandes règles
morales et dogmatiques qu'on appelle des religions. Mais il n'en est
pas de la sorte. Si l'on excepte Çakya-Mouni, les grands fondateurs
religieux n'ont pas été des métaphysiciens. Le
bouddhisme lui-même, qui est bien sorti de la pensée
pure, a conquis une moitié de l'Asie pour des motifs tout politiques
et moraux. Quant aux religions sémitiques, elles sont aussi
peu philosophiques qu'il est possible. Moïse et Mahomet n'ont
pas été des spéculatifs : ce furent des hommes
d'action. C'est en proposant l'action à leurs compatriotes, à leurs
contemporains, qu'ils ont dominé l'humanité. Jésus,
de même, ne fut pas un théologien, un philosophe ayant
un système plus ou moins bien composé. Pour être
disciple de Jésus, il ne fallait signer aucun formulaire, ni
prononcer aucune profession de foi ; il ne fallait qu'une seule chose,
s'attacher à lui, l'aimer. Il ne disputa jamais sur Dieu, car
il le sentait directement en lui. L'écueil des subtilités
métaphysiques, contre lequel le christianisme alla heurter
dès le IIIe siècle, ne fut nullement posé par
le fondateur. Jésus n'eut ni dogmes, ni système, mais
une résolution personnelle fixe, qui, ayant dépassé en
intensité toute autre volonté créée, dirige
encore à l'heure qu'il est les destinées de l'humanité. Le peuple juif a eu l'avantage, depuis la captivité de Babylone
jusqu'au moyen âge, d'être toujours dans une situation
très tendue. Voilà pourquoi les dépositaires
de l'esprit de la nation, durant ce long période, semblent écrire
sous l'action d'une fièvre intense, qui les met sans cesse
au-dessus et au-dessous de la raison, rarement dans sa moyenne voie.
Jamais l'homme n'avait saisi le problème de l'avenir et de
sa destinée avec un courage plus désespéré,
plus décidé à se porter aux extrêmes. Ne
séparant pas le sort de l'humanité de celui de leur
petite race, les penseurs juifs sont les premiers qui aient eu souci
d'une théorie générale de la marche de notre
espèce. La Grèce, toujours renfermée en elle-même,
et uniquement attentive à ses querelles de petites villes,
a eu des historiens admirables ; mais avant l'époque romaine,
on chercherait vainement chez elle un système général
de philosophie de l'histoire, embrassant toute l'humanité.
Le juif, au contraire, grâce à une espèce de sens
prophétique qui rend par moments le sémite merveilleusement
apte à voir les grandes lignes de l'avenir, a fait entrer l'histoire
dans la religion. Peut-être doit-il un peu de cet esprit à la
Perse. La Perse, depuis une époque ancienne, conçut
l'histoire du monde comme une série d'évolutions, à chacune
desquelles préside un prophète. Chaque prophète
a son hazar, ou règne de mille ans (chiliasme), et de
ces âges successifs, analogues aux millions de siècles
dévolus à chaque bouddha de l'Inde, se compose la trame
des événements qui préparent le règne
d'Ormuzd. A la fin des temps, quand le cercle des chiliasmes sera épuisé,
viendra le paradis définitif. Les hommes alors vivront heureux ;
la terre sera comme une plaine ; il n'y aura qu'une langue, une loi
et un gouvernement pour tous les hommes. Mais cet avénement
sera précédé de terribles calamités. Dahak
(le Satan de la Perse) rompra les fers qui l'enchaînent et s'abattra
sur le monde. Deux prophètes viendront consoler les hommes
et préparer le grand avénement [1]. Ces idées couraient
le monde et pénétraient jusqu'à Rome, où elles
inspiraient un cycle de poëmes prophétiques, dont les
idées fondamentales étaient la division de l'histoire
de l'humanité en périodes, la succession des dieux répondant à ces
périodes, un complet renouvellement du monde, et l'avénement
final d'un âge d'or [2]. Le livre de Daniel, le
livre d'Hénoch, certaines parties des livres sibyllins [3], sont l'expression juive
de la même théorie. Certes il s'en faut que ces pensées
fussent celles de tous. Elles ne furent d'abord embrassées
que par quelques personnes à l'imagination vive et portées
vers les doctrines étrangères. L'auteur étroit
et sec du livre d'Esther n'a jamais pensé au reste du monde
que pour le dédaigner et lui vouloir du mal [4]. L'épicurien désabusé qui
a écrit l'Ecclésiaste pense si peu à l'avenir
qu'il trouve même inutile de travailler pour ses enfants ; aux
yeux de ce célibataire égoïste, le dernier mot
de la sagesse est de placer son bien à fonds perdu [5]. Mais les grandes choses
dans un peuple se font d'ordinaire par la minorité. Avec ses énormes
défauts, dur, égoïste, moqueur, cruel, étroit,
subtil, sophiste, le peuple juif est cependant Fauteur eu plus beau
mouvement d'enthousiasme désintéressé dont parle
l'histoire. L'opposition fait toujours la gloire d'un pays. Les plus
grands hommes d'une nation sont ceux qu'elle met à mort. Socrate
a fait la gloire d'Athènes, qui n'a pas jugé pouvoir
vivre avec lui. Spinoza est le plus grand des juifs modernes, et la
synagogue l'a exclu avec ignominie. Jésus a été la
gloire du peuple d'Israël, qui l'a crucifié. Un gigantesque rêve poursuivait depuis des siècles le
peuple juif, et le rajeunissait sans cesse dans sa décrépitude. Étrangère à la
théorie des récompenses individuelles, que la Grèce
a répandue sous le nom d'immortalité de l'âme,
la Judée avait concentré sur son avenir national toute
sa puissance d'amour et de désir. Elle crut avoir les promesses
divines d'un avenir sans bornes, et comme l'amère réalité qui, à partir
du IXe siècle avant notre ère, donnait de plus en plus
le royaume du monde à la force, refoulait brutalement ces aspirations,
elle se rejeta sur les alliances d'idées les plus impossibles,
essaya les volte-faces les plus étranges. Avant la captivité,
quand tout l'avenir terrestre de la nation se fut évanoui par
la séparation des tribus du nord, on rêva la restauration
de la maison de David, la réconciliation des deux fractions
du peuple, le triomphe de la théocratie et du culte de Jéhovah
sur les cultes idolâtres. A l'époque de la captivité,
un poëte plein d'harmonie vit la splendeur d'une Jérusalem
future, dont les peuples et les îles lointaines seraient tributaires,
sous des couleurs si douces, qu'on eût dit qu'un rayon des regards
de Jésus l'eût pénétré à une
distance de six siècles [6]. La victoire de Cyrus sembla quelque temps réaliser tout ce
qu'on avait espéré. Les graves disciples de l'Avesta
et les adorateurs de Jéhovah se crurent frères. La Perse était
arrivée, en bannissant les dévas multiples et
en les transformant en démons (divs), à tirer
des vieilles imaginations ariennes, essentiellement naturalistes,
une sorte de monothéisme. Le ton prophétique de plusieurs
des enseignements de l'Iran avait beaucoup d'analogie avec certaines
compositions d'Osée et d'Isaïe. Israël se reposa
sous les Achéménides [7], et, sous Xerxès
(Assuérus), se fit redouter des Iraniens eux-mêmes. Mais
l'entrée triomphante et souvent brutale de la civilisation
grecque et romaine en Asie le rejeta dans ses rêves. Plus que
jamais, il invoqua le Messie comme juge et vengeur des peuples. Il
lui fallut un renouvellement complet, une révolution prenant
le globe à ses racines et l'ébranlant de fond en comble,
pour satisfaire l'énorme besoin de vengeance qu'excitaient
chez lui le sentiment de sa supériorité et la vue de
ses humiliations [8]. Si Israël avait eu la
doctrine, dite spiritualiste, qui coupe l'homme en deux parts, le corps
et l'âme, et trouve tout naturel que, pendant que le corps pourrit,
l'âme survive, cet accès de rage et d'énergique protestation
n'aurait pas eu sa raison d'être. Mais une telle doctrine, sortie
de la philosophie grecque, n'était pas dans les traditions de l'esprit
juif. Les anciens écrits hébreux ne renferment aucune trace
de rémunérations ou de peines futures. Tandis que l'idée
de la solidarité de la tribu exista, il était naturel qu'on
ne songeât pas à une stricte rétribution selon les
mérites de chacun. Tant pis pour l'homme pieux qui tombait à
une époque d'impiété ; il subissait comme les autres
les malheurs publics, suite de l'impiété générale.
Cette doctrine, léguée par les sages de l'époque
patriarcale, aboutissait chaque jour à d'insoutenables contradictions.
Déjà du temps de Job, elle était fort ébranlée ;
les vieillards de Théman qui la professaient étaient des
hommes arriérés, et le jeune Elihu, qui intervient pour
les combattre, ose émettre dès son premier mot cette pensée
essentiellement révolutionnaire : la sagesse n'est plus dans les
vieillards [9] ! Avec les complications que le monde avait prises
depuis Alexandre, le vieux principe thémanite et mosaïste
devenait plus intolérable encore [10].
Jamais Israël n'avait été plus fidèle à
la Loi, et pourtant on avait subi l'atroce persécution d'Antiochus.
Il n'y avait qu'un rhéteur, habitué à répéter
de vieilles phrases dénuées de sens, pour oser prétendre
que ces malheurs venaient des infidélités du peuple [11].
Quoi ! ces victimes qui meurent pour leur foi, ces héroïques
Macchabées, cette mère avec ses sept fils, Jéhovah
les oubliera éternellement, les abandonnera à la pourriture
de la fosse [12] ? Un sadducéen incrédule
et mondain pouvait bien ne pas reculer devant une telle conséquence ;
un sage consommé, tel qu'Antigone de Soco [13],
pouvait bien soutenir qu'il ne faut pas pratiquer la vertu comme l'esclave
en vue de la récompense, qu'il faut être vertueux sans espoir.
Mais la masse de la nation ne pouvait se contenter de cela. Les uns, se
rattachant au principe de l'immortalité philosophique, se représentèrent
les justes vivant dans la mémoire de Dieu, glorieux à jamais
dans le souvenir des hommes, jugeant l'impie qui les a persécutés
[14]. «Ils vivent aux yeux de Dieu ;...
ils sont connus de Dieu [15]» voilà leur récompense.
D'autres, les Pharisiens surtout, eurent recours au dogme de la résurrection
[16]. Les justes revivront pour participer au règne
messianique. Ils revivront dans leur chair, et pour un monde dont ils
seront les rois et les juges ; ils assisteront au triomphe de leurs idées
et à l'humiliation de leurs ennemis. On ne trouve chez l'ancien peuple d'Israël que des traces tout à fait
indécises de ce dogme fondamental. Le Sadducéen, qui
n'y croyait pas, était, en réalité, fidèle à la
vieille doctrine juive ; c'était le pharisien, partisan de la
résurrection, qui était le novateur. Mais en religion,
c'est toujours le parti ardent qui innove ; c'est lui qui marche, c'est
lui qui tire les conséquences. La résurrection, idée
totalement différente de l'immortalité de l'âme,
sortait d'ailleurs très naturellement des doctrines antérieures
et de la situation du peuple. Peut-être la Perse en fournit-elle
aussi quelques éléments [17]. En tout cas, se combinant
avec la croyance au Messie et avec la doctrine d'un prochain renouvellement
de toute chose, elle forma ces théories apocalyptiques qui,
sans être des articles de foi (le sanhédrin orthodoxe
de Jérusalem ne semble pas les avoir adoptées), couraient
dans toutes les imaginations et produisaient d'un bout à l'autre
du monde juif une fermentation extrême. L'absence
totale de rigueur dogmatique faisait que des notions fort contradictoires
pouvaient être admises à la fois, même sur un point
aussi capital. Tantôt le juste devait attendre la résurrection [18] ; tantôt il était
reçu dès le moment de sa mort dans le sein d'Abraham [19]. Tantôt la résurrection était
générale [20], tantôt réservée
aux seuls fidèles [21]. Tantôt elle supposait
une terre renouvelée et une nouvelle Jérusalem ; tantôt
elle impliquait un anéantissement préalable de l'univers. Jésus, dès qu'il eut une pensée, entra dans
la brûlante atmosphère que créaient en Palestine
les idées que nous venons d'exposer. Ces idées ne s'enseignaient à aucune école ;
mais elles étaient dans l'air, et son âme en fut de bonne
heure pénétrée. Nos hésitations, nos doutes
ne l'atteignirent jamais. Ce sommet de la montagne de Nazareth, où nul
homme moderne ne peut s'asseoir sans un sentiment inquiet sur sa destinée,
peut-être frivole, Jésus s'y est assis vingt fois sans
un doute. Délivré de l'égoïsme, source de
nos tristesses, qui nous fait rechercher avec âpreté un
intérêt d'outre-tombe à la vertu, il ne pensa
qu'à son œuvre, à sa race, a l'humanité.
Ces montagnes, cette mer, ce ciel d'azur, ces hautes plaines à l'horizon,
furent pour lui non la vision mélancolique d'une âme
qui interroge la nature sur son sort, mais le symbole certain, l'ombre
transparente d'un monde invisible et d'un ciel nouveau. Il n'attacha jamais beaucoup d'importance aux événements
politiques de son temps, et il en était probablement mal informé.
La dynastie des Hérodes vivait dans un monde si différent
du sien, qu'il ne la connut sans doute que de nom. Le grand Hérode
mourut vers l'année même où il naquit, laissant
des souvenirs impérissables, des monuments qui devaient forcer
la postérité la plus malveillante d'associer son nom à celui
de Salomon, et néanmoins une œuvre inachevée, impossible à continuer.
Ambitieux profane, égaré dans un dédale de luttes
religieuses, cet astucieux Iduméen eut l'avantage que donnent
le sang-froid et la raison, dénués de moralité,
au milieu de fanatiques passionnés. Mais son idée d'un
royaume profane d'Israël, lors même qu'elle n'eût
pas été un anachronisme dans l'état du monde
où il la conçut, aurait échoué, comme
le projet semblable que forma Salomon, contre les difficultés
venant du caractère même de la nation. Ses trois fils
ne furent que des lieutenants des Romains, analogues aux radjas de
l'Inde sous la domination anglaise. Antipater ou Antipas, tétrarque
de la Galilée et de la Pérée, dont Jésus
fut le sujet durant toute sa vie, était un prince paresseux
et nul [22], favori et adulateur de
Tibère [23],
trop souvent égaré par l'influence mauvaise de sa seconde
femme Hérodiade [24]. Philippe, tétrarque
de la Gaulonitide et de la Batanée, sur les terres duquel Jésus
fit de fréquents voyages, était un beaucoup meilleur
souverain [25]. Quant à Archélaüs,
ethnarque de Jérusalem, Jésus ne put le connaître.
Il avait environ dix ans quand cet homme faible et sans caractère,
parfois violent, fut déposé par Auguste [26]. La dernière trace
d'autonomie fut de la sorte perdue pour Jérusalem. Réunie à la
Samarie et à l'Idumée, la Judée forma une sorte
d'annexe de la province de Syrie, où le sénateur Publius
Sulpicius Quirinius, personnage consulaire fort connu [27], était légat
impérial. Une série de procurateurs romains, subordonnés
pour les grandes questions au légat impérial de Syrie,
Coponius, Marcus Ambivius, Annius Rufus, Valérius Gratus, et
enfin (l'an 26 de notre ère), Pontius Pilatus, s'y succèdent [28], sans cesse occupés à éteindre
le volcan qui faisait éruption sous leurs pieds. De continuelles séditions excitées par les zélateurs
du mosaïsme ne cessèrent en effet, durant tout ce temps,
d'agiter Jérusalem [29]. La mort des séditieux était
assurée ; mais la mort, quand il s'agissait de l'intégrité de
la Loi, était recherchée avec avidité. Renverser
les aigles, détruire les ouvrages d'art élevés
par les Hérodes, et où les règlements mosaïques
n'étaient pas toujours respectés [30], s'insurger contre les écussons
votifs dressés par les procurateurs, et dont les inscriptions
paraissaient entachées d'idolâtrie [31], étaient de perpétuelles
tentations pour des fanatiques parvenus à ce degré d'exaltation
qui ôte tout soin de la vie. Juda, fils de Sariphée,
Mathias, fils de Margaloth, deux docteurs de la loi fort célèbres,
formèrent ainsi un parti d'agression hardie contre l'ordre établi,
qui se continua après leur supplice [32].
Les Samaritains étaient agités de mouvements du même
genre [33].
Il semble que la Loi n'eût jamais compté plus de sectateurs
passionnés qu'au moment où vivait déjà celui
qui, de la pleine autorité de son génie et de sa grande âme,
allait l'abroger. Les «Zélotes» (Kenaïm)
ou «Sicaires» assassins pieux, qui s'imposaient pour
tâche de tuer quiconque manquait devant eux à la Loi,
commençaient à paraître [35].
Des représentants d'un tout autre esprit, des thaumaturges,
considérés comme des espèces de personnes divines,
trouvaient créance, par suite du besoin impérieux que
le siècle éprouvait de surnaturel et de divin [36]. Un mouvement qui eut beaucoup plus d'influence sur Jésus fut
celui de Juda le Gaulonite ou le Galiléen. De toutes les sujétions
auxquelles étaient exposés les pays nouvellement conquis
par Rome, le cens était la plus impopulaire [37]. Cette mesure, qui étonne
toujours les peuples peu habitués aux charges des grandes administrations
centrales, était particulièrement odieuse aux Juifs.
Déjà, sous David, nous voyons un recensement provoquer
de violentes récriminations et les menaces des prophètes [38]. Le cens, en effet, était
la base de l'impôt ; or l'impôt, dans les idées
de la pure théocratie, était presque une impiété.
Dieu étant le seul maître que l'homme doive reconnaître,
payer la dîme à un souverain profane, c'est en quelque
sorte le mettre à la place de Dieu. Complètement étrangère à l'idée
de l'État, la théocratie juive ne faisait en cela que
tirer sa dernière conséquence, la négation de
la société civile et de tout gouvernement. L'argent
des caisses publiques passait pour de l'argent volé [39].
Le recensement ordonné par Quirinius (an 6 de l'ère
chrétienne) réveilla puissamment ces idées et
causa une grande fermentation. Un mouvement éclata dans les
provinces du nord. Un certain Juda, de la ville de Gamala, sur la
rive orientale du lac de Tibériade, et un pharisien nommé Sadok
se firent, en niant la légitimité de l'impôt,
une école nombreuse, qui aboutit bientôt à une
révolte ouverte [40]. Les maximes fondamentales
de l'école étaient qu'on ne doit appeler personne «maître» ce
titre appartenant à Dieu seul, et que la liberté vaut
mieux que la vie. Juda avait sans doute bien d'autres principes, que
Josèphe, toujours attentif à ne pas compromettre ses
coreligionnaires, passe à dessein sous silence ; car on ne comprendrait
pas que pour une idée aussi simple, l'historien juif lui donnât
une place parmi les philosophes de sa nation et le regardât
comme le fondateur d'une quatrième école, parallèle à celles
des Pharisiens, des Sadducéens, des Esséniens. Juda
fut évidemment le chef d'une secte galiléenne, préoccupée
de messianisme, et qui aboutit à un mouvement politique. Le
procurateur Coponius écrasa la sédition du Gaulonite ;
mais l'école subsista et conserva ses chefs. Sous la conduite
de Menahem, fils du fondateur, et d'un certain Éléazar,
son parent, on la retrouve fort active dans les dernières luttes
des Juifs contre les Romains [41]. Jésus vit peut-être
ce Juda, qui conçut la révolution juive d'une façon
si différente de la sienne ; il connut en tout cas son école,
et ce fut probablement par réaction contre son erreur qu'il
prononça l'axiome sur le denier de César. Le sage Jésus, éloigné de
toute sédition, profita de la faute de son devancier, et rêva
un autre royaume et une autre délivrance. La Galilée était de la sorte une vaste fournaise, où s'agitaient
en ébullition les éléments les plus divers [42]. Un mépris extraordinaire
de la vie, ou pour mieux dire une sorte d'appétit de la mort
fut la conséquence de ces agitations [43].
L'expérience ne compte pour rien dans les grands mouvements
fanatiques. L'Algérie, aux premiers temps de l'occupation française,
voyait se lever, chaque printemps, des inspirés, qui se déclaraient
invulnérables et envoyés de Dieu pour chasser les infidèles ;
l'année suivante, leur mort était oubliée, et
leur successeur ne trouvait pas une moindre foi. très dure
par un côté, la domination romaine, peu tracassière
encore, permettait beaucoup de liberté. Ces grandes dominations
brutales, terribles dans la répression, n'étaient pas
soupçonneuses comme le sont les puissances qui ont un dogme à garder.
Elles laissaient tout faire jusqu'au jour où elles croyaient
devoir sévir. Dans sa carrière vagabonde, on ne voit
pas que Jésus ait été une seule fois gêné par
la police. Une telle liberté, et par-dessus tout le bonheur
qu'avait la Galilée d'être beaucoup moins resserrée
dans les liens du pédantisme pharisaïque, donnaient à cette
contrée une vraie supériorité sur Jérusalem.
La révolution, ou en d'autres termes le messianisme, y faisait
travailler toutes les têtes. On se croyait à la veille
de voir apparaître la grande rénovation ; l'Écriture
torturée en des sens divers servait d'aliment aux plus colossales
espérances. A chaque ligne des simples écrits de l'Ancien
Testament, on voyait l'assurance et en quelque sorte le programme
du règne futur qui devait apporter la paix aux justes et sceller à jamais
l'œuvre de Dieu. De tout temps, cette division en deux parties opposées d'intérêt
et d'esprit avait été pour la nation hébraïque
un principe de fécondité dans l'ordre moral. Tout peuple
appelé à de hautes destinées doit être
un petit monde complet, renfermant dans son sein les pôles opposés.
La Grèce offrait à quelques lieues de distance Sparte
et Athènes, les deux antipodes pour un observateur superficiel,
en réalité sœurs rivales, nécessaires l'une à l'autre.
Il en fut de même de la Judée. Moins brillant en un sens
que le développement de Jérusalem, celui du nord fut
en somme bien plus fécond ; les œuvres les plus vivantes
du peuple juif étaient toujours venues de là. Une absence
complète du sentiment de la nature, aboutissant à quelque
chose de sec, d'étroit, de farouche, a frappé toutes
les œuvres purement hiérosolymites d'un caractère
grandiose, mais triste, aride et repoussant. Avec ses docteurs solennels,
ses insipides canonistes, ses dévots hypocrites et atrabilaires,
Jérusalem n'eût pas conquis l'humanité. Le nord
a donné au monde la naïve Sulamite, l'humble Chananéenne,
la passionnée Madeleine, le bon nourricier Joseph, la Vierge
Marie. Le nord seul a fait le christianisme ; Jérusalem, au
contraire, est la vraie patrie du judaïsme obstiné qui,
fondé par les pharisiens, fixé par le Talmud, a traversé le
moyen âge et est venu jusqu'à nous. Une nature ravissante contribuait à former cet esprit beaucoup
moins austère, moins âprement monothéiste, si
j'ose le dire, qui imprimait à tous les rêves de la Galilée
un tour idyllique et charmant. Le plus triste pays du monde est peut-être
la région voisine de Jérusalem. La Galilée, au
contraire, était un pays très vert, très ombragé,
très souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des
chansons du bien-aimé [44]. Pendant les deux mois de
mars et d'avril, la campagne est un tapis de fleurs, d'une franchise
de couleurs incomparable. Les animaux y sont petits, mais d'une douceur
extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus
si légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier,
des alouettes huppées, qui viennent presque se mettre sous
les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseaux, dont l'œil
est vif et doux, des cigognes à l'air pudique et grave, dépouillant
toute timidité, se laissent approcher de très près
par l'homme et semblent l'appeler. En aucun pays du monde, les montagnes
ne se déploient avec plus d'harmonie et n'inspirent de plus
hautes pensées. Jésus semble les avoir particulièrement
aimées. Les actes les plus importants de sa carrière
divine se passent sur les montagnes ; c'est là qu'il était
le mieux inspiré [45] ;
c'est là qu'il avait avec les anciens prophètes de secrets
entretiens, et qu'il se montrait aux yeux de ses disciples déjà transfiguré [46]. Ce joli pays, devenu aujourd'hui, par suite de l'énorme appauvrissement
que l'islamisme a opéré dans la vie humaine, si morne,
si navrant, mais où tout ce que l'homme n'a pu détruire
respire encore l'abandon, la douceur, la tendresse, surabondait, à l'époque
de Jésus, de bien-être et de gaieté. Les Galiléens
passaient pour énergiques, braves et laborieux [47]. Si l'on excepte Tibériade,
bâtie par Antipas en l'honneur de Tibère (vers l'an 15)
dans le style romain [48], la Galilée n'avait
pas de grandes villes. Le pays était néanmoins fort
peuplé, couvert de petites villes et de gros villages, cultivé avec
art dans toutes ses parties [49]. Aux ruines qui restent
de son ancienne splendeur, on sent un peuple agricole, nullement doué pour
l'art, peu soucieux de luxe, indifférent aux beautés
de la forme, exclusivement idéaliste. La campagne abondait
en eaux fraîches et en fruits ; les grosses fermes étaient
ombragées de vignes et de figuiers ; les jardins étaient
des massifs de pommiers, de noyers, de grenadiers [50]. Le vin était excellent,
s'il en faut juger par celui que les juifs recueillent encore à Safed,
et on en buvait beaucoup [51]. Cette vie contente et facilement
satisfaite n'aboutissait pas à l'épais matérialisme
de notre paysan, à la grosse joie d'une Normandie plantureuse, à la
pesante gaieté des Flamands. Elle se spiritualisait en rêves éthérés,
en une sorte de mysticisme poétique confondant le ciel et la
terre. Laissez l'austère Jean-Baptiste dans son désert
de Judée, prêcher la pénitence, tonner sans cesse,
vivre de sauterelles en compagnie des chacals. Pourquoi les compagnons
de l'époux jeûneraient-ils pendant que l'époux
est avec eux ? La joie fera partie du royaume de Dieu. N'est-elle pas
la fille des humbles de cœur, des hommes de bonne volonté ? Toute l'histoire du christianisme naissant est devenue de la sorte
une délicieuse pastorale. Un Messie aux repas de noces, la
courtisane et le bon Zachée appelés à ses festins,
les fondateurs du royaume du ciel comme un cortège de paranymphes :
voilà ce que la Galilée a osé, ce qu'elle a fait
accepter. La Grèce a tracé de la vie humaine par la
sculpture et la poésie des tableaux charmants, mais toujours
sans fonds fuyants ni horizons lointains. Ici manquent le marbre,
les ouvriers excellents, la langue exquise et raffinée. Mais
la Galilée a créé à l'état d'imagination
populaire le plus sublime idéal ; car derrière son idylle
s'agite le sort de l'humanité, et la lumière qui éclaire
son tableau est le soleil du royaume de Dieu. Jésus vivait et grandissait dans ce milieu enivrant. Dès
son enfance, il fit presque annuellement le voyage de Jérusalem
pour les fêtes [52]. Le pèlerinage était
pour les Juifs provinciaux une solennité pleine de douceur.
Des séries entières de psaumes étaient consacrées à chanter
le bonheur de cheminer ainsi en famille [53],
durant plusieurs jours, au printemps, à travers les collines
et les vallées, tous ayant en perspective les splendeurs de
Jérusalem, les terreurs des parvis sacrés, la joie pour
des frères de demeurer ensemble [54]. La route que Jésus
suivait d'ordinaire dans ces voyages était celle que l'on suit
aujourd'hui, par Ginsea et Sichem [55].
De Sichem à Jérusalem elle est fort sévère.
Mais le voisinage des vieux sanctuaires de Silo, de Béthel,
près desquels on passe, tient l'âme en éveil. Ain-el-Haramié, la
dernière étape [56],
est un lieu mélancolique et charmant, et peu d'impressions égalent
celle qu'on éprouve en s'y établissant pour le campement
du soir. La vallée est étroite et sombre ; une eau noire
sort des rochers percés de tombeaux, qui en forment les parois.
C'est, je crois, la «Vallée des pleurs» ou des
eaux suintantes, chantée comme une des stations du chemin dans
le délicieux psaume [57], et devenue, pour le mysticisme
doux et triste du moyen âge, l'emblème de la vie. Le
lendemain, de bonne heure, on sera à Jérusalem ; une
telle attente, aujourd'hui encore, soutient la caravane, rend la soirée
courte et le sommeil léger. Ces voyages, où la nation réunie se communiquait ses
idées, et qui étaient presque toujours des foyers de
grande agitation, mettaient Jésus en contact avec l'âme
de son peuple, et sans doute lui inspiraient déjà une
vive antipathie pour les défauts des représentants officiels
du judaïsme. On veut que de bonne heure le désert ait été pour
lui une autre école et qu'il y ait fait de longs séjours [58]. Mais le Dieu qu'il trouvait
là n'était pas le sien. C'était tout au plus
le Dieu de Job, sévère et terrible, qui ne rend raison
a personne. Parfois c'était Satan qui venait le tenter. Il
retournait alors dans sa chère Galilée, et retrouvait
son Père céleste, au milieu des vertes collines et des
claires fontaines, parmi les troupes d'enfants et de femmes qui, l'âme
joyeuse et le cantique des anges dans le cœur, attendaient le
salut d'Israël. NOTES pour revenir au texte cliquer [retour] sur le navigateur ou sur le clavier [1] Yaçna, XIII, 24 ; Théopompe, dans Plut., De Iside et Osiride, § 47 ; Minokhired, passage publié dans la Zeitschrift der deutschen morgenlændischen Gesellschaft, I, p. 263. [2] Virg., Égl. IV ; Servius, sur le v. 4 de cette églogue ; Nigidius, cité par Servius, sur le v. 10. [3] Livre III, 97-817. [4] VI, 13 ; VII, 10 ; VIII, 7, 11-17 ; IX, 1-22 ; et dans les parties apocryphes : IX, 10-11 ; XIV, 13 et suiv. ; XVI, 20, 24. [5] Eccl., I, 11 ; II, 16, 18-24 ; III, 19-22 ; IV, 8, 15-16 ; V, 17-18 ; VI, 3, 6 ; VIII, 15 ; IX, 9, 10. [6] Isaïe, LX, etc. [7] Tout le livre d'Esther respire un grand attachement à cette dynastie. [8] Lettre apocryphe de Baruch, dans Fabricius, Cod. pseud. V.T., II, p. 147 et suiv. [9] Job, XXXIII, 9. [10] Il est cependant remarquable que Jésus, fils de Sirach, s'y tient strictement (XVII, 26-28 ; XXII, 10-11 ; XXX, 4 et suiv. ; XLI, 1-2 ; XLIV, 9). L'auteur de la Sagesse est d'un sentiment tout opposé (IV, I, texte grec). [11] Esth. XIV, 6-7 (apocr.) ; Épître apocryphe de Baruch (Fabricius, Cod. pseud. V.T. II, p. 147 et suiv.). [12] II Macch., VII. [13] Pirké Aboth, I, 3. [14] Sagesse, ch. II-VI ; De rationis imperio, attribué à Josèphe, 8, 13, 16, 18. Encore faut-il remarquer que l'auteur de ce dernier traité ne fait valoir qu'en seconde ligne le motif de rémunération personnelle. Le principal mobile des martyrs est l'amour pur de la Loi, l'avantage que leur mort procurera au peuple et la gloire qui s'attachera à leur nom. Comp. Sagesse, IV, 4 et suiv. ; Eccli., ch. XLIV et suiv. ; Jos. B.J., II, VIII, 10 ; III, VIII, 5. [15] Sagesse, IV, I ; De rat. imp., 16, 18. [16] Il Macch., VII, 9, 14 ; XII, 43-44. [17] Théopompe, dans Diog. Laert., Prooem., 9.—Boundehesch, C. XXXI. Les traces du dogme de la résurrection dans l'Avesta sont fort douteuses. [18] Jean, XI, 24. [19] Luc, XVI, 22. Cf. De rationis imp., 13, 16, 18. [20] Dan., XII, 2. [21] Il Macch. VII, 14. [22] Jos., Ant., XVIII, V, I ; VII, 4 et 2 ; Luc, III, 19. [23] Jos., Ant., XVIII, II, 3 ; IV, 5 ; V, 4. [24] Ibid., XVIII, VII, 2. [25] Ibid., XVIII, IV, 6. [26] Ibid., XVII, XII, 2, et B.J., II, VII, 3. [27] Orelli, Inscr. lat., n° 3693 ; Henzen, Suppl., n° 7041 ; Fasti prænestini, au 6 mars et au 28 avril (dans le Corpus inscr, lat., I, 314, 317) ; Borghesi, Fastes consulaires [encore inédits], à l'année 742 ; R. Bergmann, De inscr. lat. ad P.S. Quirinium, ut videtur, referenda (Berlin, 1851). Cf. Tac., Ann., II, 30 ; III, 48 ; Strabon, XII, vi, 5. [28] Jos., Ant., XVIII. [29] Jos., Ant. les livres XVII et XVIII entiers, et B. J., liv. I et II. [30] Jos., Ant., XV, x, 4. Comp. Livre d'Hénoch, XCVII, 13-14. [31] Philon, Leg. ad Caïum, § 38. [32] Jos., Ant., XVII, [33] vi, 2 et suiv. B. J., I, xxxiii, 3 et suiv. [34] Jos., Ant., XVIII, IV, 1 et suiv. [35] Mischna, Sanhédrin, IX, 6 ; Jean, XVI, 2 ; Jos., B. J., livre IV et suiv. [36] Act., VIII, 9. Le verset 11 laisse supposer que Simon le Magicien était déjà célèbre au temps de Jésus. [37] Discours de Claude, à Lyon, tab. II, sub fin. De Boissieu, Inscr. ant. de Lyon, p. 136. [38] II Sam., XXIV. [39] Talmud de Babylone, Baba Kama, 113 a ; Schabbath, 33 b. [40] Jos., Ant., XVIII, i, I et 6 ; B. J., II, vii, I ; Act., V, 37. Avant Juda le Gaulonite, les Actes placent un autre agitateur, Theudas ; mais c'est là un anachronisme : le mouvement de Theudas eut lieu l'an 44 de l'ère chrétienne (Jos., Ant., XX, v, 4). [41] Jos., B.J., II, xvii, 8 et suiv. [42] Luc, XIII, 4. Le mouvement galiléen de Juda, fils d'Ézéchias, ne paraît pas avoir eu un caractère religieux ; peut-être, cependant, ce caractère a-t-il été dissimulé par Josèphe (Ant., XVII, x, 3). [43] Jos., Ant., XVI, vi, 2, 3 ; XVIII, i, 4. [44] Jos. R.J. III, iii, 1. L'horrible état où le pays est réduit, surtout près du lac de Tibériade, ne doit pas faire illusion. Ces pays, maintenant brûlés, ont été autrefois des paradis terrestres. Les bains de Tibériade, qui sont aujourd'hui un affreux séjour, ont été autrefois le plus bel endroit de la Galilée (Jos., Ant., XVIII, ii, 3). Josèphe (Bell. Jud., III, x, 8) vante les beaux arbres de la plaine de Génésareth, où il n'y en a plus un seul. Antonin Martyr, vers l'an 600, cinquante ans par conséquent avant l'invasion musulmane, trouve encore la Galilée couverte de plantations délicieuses, et compare sa fertilité à celle de l'Égypte (Itin., § 5). [45] Matth., V, 4 ; XIV, 23 ; Luc, VI, 12. [46] Matth., XVII,1 et suiv. ; Marc, IXX, 4 et suiv. ; Luc, IX, 28 et suiv. [47] Jos., B.J., III, iii, 2. [48] Jos., Ant., XVIII, ii, 2 ; B.J., II, ix, I ; Vita, 12, 13, 64. [49] Jos., B. J., III, iii, 2. [50] On peut se les figurer d'après quelques enclos des environs de Nazareth. Cf. Cant. Cant., II, 3, 5, 13 ; IV, 13 ; VI, 6, 10 ; VII, 8, 12 ; VIII, 2, 5 ; Anton. Martyr, b.c. L'aspect des grandes métairies s'est encore bien conservé dans le sud du pays de Tyr (ancienne tribu d'Aser). La trace de la vieille agriculture palestinienne, avec ses ustensiles taillés dans le roc (aires, pressoirs, silos, auges, meules, etc.), se retrouve du reste à chaque pas. [51] Matth., IX, 17 ; xi, 19 ; Marc, II, 22 ; Luc, V, 37 ; vu, 34, Jean, II, 3 et suiv. [52] Luc, II, 41. [53] Luc, II, 42-44. [54] Voir surtout ps. LXXXIV, CXXII, CXXXIII (Vulg. LXXXIII, CXXI, CXXXII). [55] Luc, IX, 51-53 ; XVII, 41 ; Jean, IV, 4 ; Jos., Ant., XX, vi, 4 ; B.J. II, xii, 3 ; Vita 52. Souvent, cependant, les pèlerins venaient par la Pérée pour éviter la Samarie, où ils couraient des dangers. Matth., XIX, 4 ; Marc, X, 1. [56] Selon Josèphe (Vita, 82), la route était de trois jours. Mais l'étape de Sichem à Jérusalem devait d'ordinaire être coupée en deux. [57] LXXXIII selon la Vulgate, v. 7. [58] Luc, IV, 42 ; V, 16. |
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