Ses disciples et les femmes pieuses qui le servaient le retrouvèrent en Judée [5]. Mais combien tout ici était changé pour lui ! Jésus était un étranger à
Jérusalem. Il sentait qu'il y avait là un mur de résistance qu'il ne pénétrerait pas. Entouré de
pièges et d'objections, il était sans cesse poursuivi par le mauvais vouloir des pharisiens [6]. Au lieu de cette faculté illimitée de croire, heureux don des natures jeunes, qu'il trouvait en Galilée,
au lieu de ces populations bonnes et douces chez lesquelles l'objection (qui est toujours le fruit d'un peu de malveillance et d'indocilité)
n'avait point d'accès, il rencontrait ici à chaque pas une incrédulité obstinée, sur laquelle les moyens
d'action qui lui avaient si bien réussi dans le nord avaient peu de prise. Ses disciples, en qualité de Galiléens, étaient
méprisés. Nicodème, qui avait eu avec lui dans un de ses précédents voyages un entretien de nuit, faillit
se compromettre au sanhédrin pour avoir voulu le défendre. «Eh quoi ! toi aussi tu es Galiléen ? lui
dit-on ; consulte les Écritures ; est-ce qu'il peut venir un prophète de Galilée [7] ?»
La ville, comme nous l'avons déjà dit, déplaisait à Jésus. Jusque-là, il avait toujours évité
les grands centres, préférant pour son action les campagnes et les villes de médiocre importance. Plusieurs des préceptes
qu'il donnait à ses apôtres étaient absolument inapplicables hors d'une simple société de petites gens [8].
N'ayant nulle idée du monde, accoutumé à son aimable communisme galiléen, il lui échappait sans cesse des
naïvetés, qui à Jérusalem pouvaient paraître singulières [9]. Son imagination,
son goût de la nature se trouvaient à l'étroit dans ces murailles. La vraie religion ne devait pas sortir du tumulte des
villes, mais de la tranquille sérénité des champs.
L'arrogance des prêtres lui rendait les parvis du temple désagréables. Un jour, quelques-uns de ses disciples, qui connaissaient
mieux que lui Jérusalem, voulurent lui faire remarquer la beauté des constructions du temple, l'admirable choix des matériaux,
la richesse des offrandes votives qui couvraient les murs : «Vous voyez tous ces édifices, dit-il ; eh bien !
je vous le déclare, il n'en restera pas pierre sur pierre [10].» Il refusa de rien admirer, si ce n'est une pauvre veuve qui passait à ce moment-là, et jetait
dans le tronc une petite obole : «Elle a donné plus que les autres, dit-il ; les autres ont donné de leur superflu ;
elle, de son nécessaire [11].» Cette façon de regarder en critique tout ce qui se faisait
à Jérusalem, de relever le pauvre qui donnait peu, de rabaisser le riche qui donnait beaucoup [12], de blâmer le clergé opulent qui ne faisait rien pour le bien du peuple, exaspéra naturellement
la caste sacerdotale. Siège d'une aristocratie conservatrice, le temple, comme le haram musulman qui lui a succédé,
était le dernier endroit du monde où la révolution pouvait réussir. Qu'on suppose un novateur allant de nos jours
prêcher le renversement de l'islamisme autour de la mosquée d'Omar ! C'était là pourtant le centre de la vie
juive, le point où il fallait vaincre ou mourir. Sur ce calvaire, où certainement Jésus souffrit plus qu'au Golgotha,
ses jours s'écoulaient dans la dispute et l'aigreur, au milieu d'ennuyeuses controverses de droit canon et d'exégèse,
pour lesquelles sa grande élévation morale lui donnait peu d'avantage, que dis-je ? lui créait une sorte d'infériorité.
Au sein de cette vie troublée, le cœur sensible et bon de Jésus réussit à se créer un asile où
il jouit de beaucoup de douceur. Après avoir passé la journée aux disputes du temple, Jésus descendait le soir
dans la vallée de Cédron, prenait un peu de repos dans le verger d'un établissement agricole (probablement une exploitation
d'huile) nommé Gethsémani [13], qui servait de lieu de plaisance aux habitants, et allait passer la nuit sur le mont des Oliviers, qui borne
au levant l'horizon de la ville [14]. Ce côté est le seul, aux environs de Jérusalem, qui offre un aspect quelque peu riant et
vert. Les plantations d'oliviers, de figuiers, de palmiers y étaient nombreuses et donnaient leurs noms aux villages, fermes ou enclos
de Bethphagé, Gethsémani, Béthanie [15]. Il y avait sur le mont des Oliviers deux grands
cèdres, dont le souvenir se conserva longtemps chez les Juifs dispersés ; leurs branches servaient d'asile à des
nuées de colombes, et sous leur ombrage s'étaient établis de petits bazars [16]. Toute cette banlieue fut en quelque sorte le quartier de Jésus et de ses disciples ; on voit qu'ils
la connaissaient presque champ par champ et maison par maison.
Le village de Béthanie, en particulier [17], situé au sommet de la colline, sur le versant qui donne vers la mer Morte et le Jourdain, à une
heure et demie de Jérusalem, était le lieu de prédilection de Jésus [18]. Il y fit la connaissance d'une famille composée de trois personnes, deux sœurs et un frère, dont
l'amitié eut pour lui beaucoup de charme [19]. Des deux sœurs, l'une, nommée Marthe, était une personne obligeante, bonne, empressée [20] ;
l'autre, au contraire, nommée Marie, plaisait à Jésus par une sorte de langueur [21], et par ses instincts spéculatifs très développés. Souvent, assise aux pieds de Jésus,
elle oubliait à l'écouter les devoirs de la vie réelle. Sa sœur, alors, sur qui retombait tout le service, se plaignait
doucement : «Marthe, Marthe, lui disait Jésus, tu te tourmentes et te soucies de beaucoup de choses ; or, une seule
est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée [22].» Le frère, Eléazar, ou Lazare, était aussi fort aimé de Jésus [23]. Enfin, un certain Simon le Lépreux, qui était le propriétaire de la maison, faisait, ce
semble, partie de la famille [24]. C'est là qu'au sein d'une pieuse amitié Jésus oubliait les dégoûts de la vie
publique. Dans ce tranquille intérieur, il se consolait des tracasseries que les pharisiens et les scribes ne cessaient de lui susciter.
Il s'asseyait souvent sur le mont des Oliviers, en face du mont Moria [25], ayant sous les yeux la splendide
perspective des terrasses du temple et de ses toits couverts de lames étincelantes. Cette vue frappait d'admiration les étrangers ;
au lever du soleil surtout, la montagne sacrée éblouissait les yeux et paraissait comme une masse de neige et d'or [26].
Mais un profond sentiment de tristesse empoisonnait pour Jésus le spectacle qui remplissait tous les autres israélites de joie
et de fierté. «Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés,
s'écriait-il dans ces moments d'amertume, combien de fois j'ai essayé de rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses
petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu [27] !»
Ce n'est pas que plusieurs bonnes âmes, ici comme en Galilée, ne se laissassent toucher. Mais tel était le poids de
l'orthodoxie dominante que très peu osaient l'avouer. On craignait de se décréditer aux yeux des Hiérosolymites
en se mettant à l'école d'un galiléen. On eût risqué de se faire chasser de la synagogue, ce qui dans une
société bigote et mesquine était le dernier affront [28]. L'excommunication d'ailleurs entraînait
la confiscation de tous les biens [29]. Pour cesser d'être juif, on ne devenait pas romain ; on restait sans défense sous le coup d'une
législation théocratique de la plus atroce sévérité. Un jour, les bas officiers du temple, qui avaient
assisté à un des discours de Jésus et en avaient été enchantés, vinrent confier leurs doutes aux
prêtres : «Est-ce que quelqu'un des princes ou des pharisiens a cru en lui ? leur fut-il répondu ; toute
cette foule, qui ne connaît pas la Loi, est une canaille maudite [30].» Jésus restait ainsi à Jérusalem un provincial admiré des provinciaux comme
lui, mais repoussé par toute l'aristocratie de la nation. Les chefs d'écoles et de sectes étaient trop nombreux pour
qu'on fût fort ému d'en voir paraître un de plus. Sa voix eut à Jérusalem peu d'éclat. Les préjugés
de race et de secte, les ennemis directs de l'esprit de l'évangile, y étaient trop enracinés.
Son enseignement, dans ce monde nouveau, se modifia nécessairement beaucoup. Ses belles prédications, dont l'effet était
toujours calculé sur la jeunesse de l'imagination et la pureté de la conscience morale des auditeurs, tombaient ici sur la pierre.
Lui, si à l'aise au bord de son charmant petit lac, était gêné, dépaysé en face des pédants.
Ses affirmations perpétuelles de lui-même prirent quelque chose de fastidieux [31]. Il dut se faire controversiste, juriste, exégète, théologien. Ses conversations, d'ordinaire
pleines de grâce, deviennent un feu roulant de disputes [321], une suite interminable de batailles scolastiques.
Son harmonieux génie s'exténue en des argumentations insipides sur la Loi et les prophètes [33],
où nous aimerions mieux ne pas le voir quelquefois jouer le rôle d'agresseur [34]. Il se prête, avec une condescendance qui nous blesse, aux examens captieux que des ergoteurs sans tact
lui font subir [35]. En général, il se tirait d'embarras avec beaucoup de finesse. Ses raisonnements,
il est vrai, étaient souvent subtils (la simplicité d'esprit et la subtilité se touchent ; quand le simple veut
raisonner, il est toujours un peu sophiste) ; on peut trouver que quelquefois il recherche les malentendus et les prolonge à dessein
[36] ; son argumentation, jugée d'après les règles de la logique aristotélicienne,
est très faible. Mais quand le charme sans pareil de son esprit trouvait à, se montrer, c'étaient des triomphes. Un jour
on crut l'embarrasser en lui présentant une femme adultère et en lui demandant comment il fallait la traiter. On sait l'admirable
réponse de Jésus [37]. La fine raillerie de l'homme du monde, tempérée par une bonté
divine, ne pouvait s'exprimer en un trait plus exquis. Mais l'esprit qui s'allie à la grandeur morale est celui que les sots pardonnent
le moins. En prononçant ce mot d'un goût si juste et si pur : «Que celui d'entre vous qui est sans péché
lui jette la première pierre !» Jésus perça au cœur l'hypocrisie, et du même coup signa son arrêt
de mort.
Il est probable, en effet, que sans l'exaspération causée par tant de traits amers, Jésus eût pu longtemps rester
inaperçu et se perdre dans l'épouvantable orage qui allait bientôt emporter la nation juive tout entière. Le haut
sacerdoce et les sadducéens avaient pour lui plutôt du dédain que de la haine. Les grandes familles sacerdotales, les
Boëthusim, la famille de Hanan, ne se montraient guère fanatiques que de repos. Les sadducéens repoussaient comme
Jésus les «traditions» des pharisiens [38]. Par une singularité fort étrange, c'étaient ces incrédules, niant la résurrection,
la loi orale, l'existence des anges, qui étaient les vrais Juifs, ou pour mieux dire, la vieille loi dans sa simplicité ne satisfaisant
plus aux besoins religieux du temps, ceux qui s'y tenaient strictement et repoussaient les inventions modernes faisaient aux dévots
l'effet d'impies, à peu près comme un protestant évangélique paraît aujourd'hui un mécréant
dans les pays orthodoxes. En tout cas, ce n'était pas d'un tel parti que pouvait venir une réaction bien vive contre Jésus.
Le sacerdoce officiel, les yeux tournés vers le pouvoir politique et intimement lié avec lui, ne comprenait rien à ces
mouvements enthousiastes. C'était la bourgeoisie pharisienne, c'étaient les innombrables soferim ou scribes, vivant de
la science des «traditions» qui prenaient l'alarme et qui étaient en réalité menacés dans leurs préjugés
et leurs intérêts par la doctrine du maître nouveau.
Un des plus constants efforts des pharisiens était d'attirer Jésus sur le terrain des questions politiques et de le compromettre
dans le parti de Judas le Gaulonite. La tactique était habile ; car il fallait la profonde ingénuité de Jésus
pour ne s'être point encore brouillé avec l'autorité romaine, nonobstant sa proclamation du royaume de Dieu. On voulut
déchirer cette équivoque et le forcer à s'expliquer. Un jour, un groupe de pharisiens et de ces politiques qu'on nommait
«Hérodiens» (probablement des Boëthusim), s'approcha de lui, et sous apparence de zèle pieux :
«Maître, lui dirent-ils, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu sans égard pour qui
que ce soit. Dis-nous donc ce que tu penses : Est-il permis de payer le tribut à César ?» Ils espéraient
une réponse qui donnât un prétexte pour le livrer à Pilate. Celle de Jésus fut admirable. Il se fit montrer
l'effigie de la monnaie : «Rendez, dit-il, à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à
Dieu [39].» Mot profond qui a décidé de l'avenir du christianisme ! Mot d'un spiritualisme accompli
et d'une justesse merveilleuse, qui a fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a posé la base du vrai libéralisme
et de la vraie civilisation !
Son doux et pénétrant génie lui inspirait, quand il était seul avec ses disciples, des accents pleins de charme :
«En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie est un voleur.
Celui qui entre par la porte est le vrai berger. Les brebis entendent sa voix ; il les appelle par leur nom et les mène aux pâturages ;
il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Le larron ne vient que pour dérober, pour tuer,
pour détruire. Le mercenaire, à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Mais
moi, je suis le bon berger ; je connais mes brebis ; mes brebis me connaissent ; et je donne ma vie pour elles [40].»
L'idée d'une prochaine solution à la crise de l'humanité lui revenait fréquemment : «Quand le figuier,
disait-il, se couvre de jeunes pousses et de feuilles tendres, vous savez que l'été approche. Levez les yeux, et voyez le monde ;
il est blanc pour la moisson [41].»
Sa forte éloquence se retrouvait toutes les fois qu'il s'agissait de combattre l'hypocrisie. «Sur la chaire de Moïse,
sont assis les scribes et les pharisiens. Faites ce qu'ils vous disent ; mais ne faites pas comme ils font ; car ils disent et ne
font pas. Ils composent des charges pesantes, impossibles à porter, et ils les mettent sur les épaules des autres ; quant
à eux, ils ne voudraient pas les remuer du bout du doigt.
«Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes : ils se promènent en longues robes ; ils portent de
larges phylactères [42] ; ils ont de grandes bordures à leurs habits [43] ; ils aiment à
avoir les premières places dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à être salués dans
les rues et appelés «Maître.» Malheur à eux !...
«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui avez pris la clef de la science et ne vous en servez que pour fermer
aux hommes le royaume des cieux [44] ! Vous n'y entrez pas, et vous empêchez les autres d'y entrer. Malheur à vous, qui engloutissez
les maisons des veuves, en simulant de longues prières ! Votre jugement sera en proportion. Malheur à vous, qui parcourez
les terres et les mers pour gagner un prosélyte, et qui ne savez en faire qu'un fils de la Géhenne ! Malheur à vous,
car vous êtes comme les tombeaux qui ne paraissent pas, et sur lesquels on marche sans le savoir [45] !
«Insensés et aveugles ! qui payez la dîme pour un brin de menthe, d'anet, et de cumin, et qui négligez des
commandements bien plus graves, la justice, la pitié, la bonne foi ! Voilà les préceptes qu'il fallait observer ;
les autres, il était bien de ne pas les négliger. Guides aveugles, qui filtrez votre vin pour ne pas avaler un insecte, et qui
engloutissez un chameau, malheur à vous !
«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat [46] ;
mais le dedans, qui est plein de rapine et de cupidité, vous n'y prenez point garde. Pharisien aveugle [47], lave d'abord le dedans ; puis tu songeras à la propreté du dehors [48].
«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Car vous ressemblez à des sépulcres blanchis [49],
qui du dehors semblent beaux, mais qui au dedans sont pleins d'os de morts et de toute sorte de pourriture. En apparence, vous êtes
justes ; mais au fond vous êtes remplis de feinte et de péché.
«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez les tombeaux des prophètes, et ornez les monuments
des justes, et qui dites : Si nous eussions vécu du temps de nos pères, nous n'eussions pas trempé avec eux dans
le meurtre des prophètes ! Ah ! vous convenez donc que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes.
Eh bien ! achevez de combler la mesure de vos pères. La Sagesse de Dieu a eu bien raison de dire [50] : «Je vous enverrai des prophètes, des sages, des savants ; vous tuerez et crucifierez
les uns, vous ferez fouetter les autres dans vos synagogues, vous les poursuivrez de ville en ville ; afin qu'un jour retombe sur vous
tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils
de Barachie [51], que vous avez tué entre le temple et l'autel.» Je vous le dis, c'est à la génération
présente que tout ce sang sera redemandé [52].»
Son dogme terrible de la substitution des gentils, cette idée que le royaume de Dieu allait être transféré à d'autres, ceux à qui il était destiné n'en ayant pas voulu [53], revenait comme une menace sanglante contre l'aristocratie, et son titre de Fils de Dieu qu'il avouait ouvertement dans de vives paraboles [54], où ses ennemis jouaient le rôle de meurtriers des envoyés célestes, était un défi au judaïsme légal. L'appel hardi qu'il adressait aux humbles était plus séditieux encore. Il déclarait qu'il était venu éclairer les aveugles et aveugler ceux qui croient voir [55]. Un jour, sa mauvaise humeur contre le temple lui arracha un mot imprudent : «Ce temple bâti de main d'homme, dit-il, je pourrais, si je voulais, le détruire, et en trois jours j'en rebâtirais un autre non construit de main d'homme [56].» On ne sait pas bien quel sens Jésus attachait à ce mot, où ses disciples cherchèrent des allégories forcées. Mais comme on ne voulait qu'un prétexte, le mot fut vivement relevé. Il figurera dans les considérants de l'arrêt de mort de Jésus, et retentira à son oreille parmi les angoisses dernières du Golgotha. Ces discussions irritantes finissaient toujours par des orages. Les pharisiens lui jetaient des pierres [57] ; en quoi ils ne faisaient qu'exécuter un article de la Loi, ordonnant de lapider sans l'entendre tout prophète, même thaumaturge, qui détournerait le peuple du vieux culte [58]. D'autres fois, ils l'appelaient fou, possédé, samaritain [59], ou cherchaient même à le tuer [60]. On prenait note de ses paroles pour invoquer contre lui les lois d'une théocratie intolérante, que la domination romaine n'avait pas encore abrogées [61].
NOTES
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Ernest Renan : biographie
la Bible en français & en hébreu,
grec, latin