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John Bost

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Ében-Hézer

« Alors Samuel prit une pierre, et la mit entre Mitspa et le rocher : et il appela le nom de ce lieu-là Ében-Hézer, et dit : l'Éternel nous a secourus jusques en ce lieu-ci. »

(1 Samuel, 7, 12)

En hébreu : אבן העזר

En grec : Αβενεζερ

Inauguration : le 24 avril 1862.

Ében-Hézer : monographie historique par L. Laclote, in Notre prochain (1965)


Rapport sur les Asiles de Laforce
(1878)
Ében-Hézer

Asile pour des jeunes filles épileptiques.



Nous vous faisons entrer dans un asile où les souffrances sont plus grandes encore que dans ce Béthesda que nous venons de quitter, mais vous aurez le sentiment qu'à de si grandes tortures physiques et mentales, nous apportons le calme, la paix et l'espérance.

Cinquante filles épileptiques, d'âges divers, composent cette famille exceptionnelle dont la vie n'a été qu'une longue série d'épreuves.

Les amis qui nous visitent et nos bienfaiteurs nous ont demandé des détails écrits sur la vie journalière d'Ében-Hézer. Ils comprennent difficilement comment ces pauvres filles peuvent vivre ensemble.

Il y a deux divisions principales : la première comprend les épileptiques intelligentes, sensées. Elles passent leurs journées réunies dans l'ouvroir, occupées à divers travaux d'aiguille. Elles confectionnent leurs vêtements et s'occupent de petits ouvrages de fantaisie sous la direction de deux lingères, vraies gardes-malades, qui leur consacrent leur vie entière, de jour, de nuit. À les voir pour la plupart, on ne se croirait pas entouré de jeunes filles affectées de cette affreuse maladie. Elles sont calmes, silencieuses. Dans un coin de la chambre se trouvent, il est vrai, des épileptiques arrivées à un état voisin de l'idiotie. Comme elles sont inoffensives et bien tenues sur leurs personnes, nous les laissons dans ce cercle. Une lecture à haute voix, des chants, égayent nos malades qui, pour un temps, oublient leurs tristesses, leurs douleurs.

Elles sont assises en face les unes des autres : le passage du milieu est libre, occupé seulement par les deux gardes-malades qui ne les perdent jamais de vue, et les reçoivent dans leurs bras au moment de leurs crises. Elles s'assistent mutuellement, À l'angle de la chambre se trouve un lit de repos bien matelassé, sur lequel elles sont placées dès que la crise est passée et jusqu'à leur réveil. Il arrive souvent qu'un état de torpeur assez long succède au premier sommeil : dans ce cas, nos malades sont transportées dans des chambres, loin du bruit et de la vue de leurs compagnes. Il arrive fréquemment qu'une crise prolongée, ou plusieurs successives, amènent du délire, de la folie. La solitude dans des chambres obscures, ou des douches froides les calment habituellement. Tous les soins possibles leur sont prodigués avec la plus grande douceur. La sévérité est inutile chez de pauvres êtres inconscients de ce qu'ils font. Chez plusieurs, les crises sont de courte durée, mais violentes. Il arrive souvent alors que la malade tombe sans qu'on ait pu prévoir la crise, et on la relève ayant des contusions et dés écorchures au visage.

Nous n'avons jamais remarqué que la vue dés crises influât sur la santé de nos malades, ou surexcitât leur système nerveux. Hélas ! elles s'habituent à la vue de la souffrance et éprouvent d'ailleurs beaucoup de compassion les unes pour les autres, sachant qu'elles ont la même maladie.

Une chère petite aveugle attire les regards de tous nos visiteurs. Elle a une paralysie partielle : son intelligence tend à disparaître, et ses criées sont fréquentes. Chère enfant ! nous l'aimons aussi à cause de ses dignes parents si dévoués à l'œuvre du Seigneur. Une pauvre épileptique idiote s'est constituée sa bonne, et elle l'est vraiment. Au nouvel an, des amies lui donnèrent une boîte de bonbons : elle les donna tous « ma petite fille ». Grande fut sa joie quand un peu d'argent lui fut remis. Elle s'enfuit, se contournant en tous sens et criant : « Des sous pour ma petite fille ». Bientôt les deux épileptiques se trouvaient dans les bras l'une de l'autre.

Nous avons eu quelques cas de guérison, mais ils sont rares. Quelques-unes de nos malades qui avaient des crises quotidiennes sont restées un an, deux ans, trois ans même sans qu'elles reparussent. Au moment où nous les pensions guéries, où elles faisaient des plans d'avenir, les crises sont revenues plus fortes que jamais. Quel désespoir dans Ében-Hézer que ce retour inattendu de la maladie que l'on croyait disparue ! La directrice et ses compagnes, plus malheureuses encore que les malades, se seraient livrées au découragement, si elles n'étaient fortifiées sans cesse par la « vertu d'En-Haut », pour vaquer à leurs travaux et à l'œuvre de leur charité.

La deuxième catégorie est destinée à La Miséricorde. Ce sont des épileptiques arrivées.au dernier dernier degré de l'idiotie. Elles passent leurs journées assises sur des chaises particulières, ou bien se roulent à terre poussant des cris plaintifs, qui n'expriment ni le sentiment de la joie, ni celui de la douleur.

Nous aimons à répéter qu'Ében-Hézer est placé au milieu de beaux jardins, de bosquets, d'arbres fruitiers. En été, nos malades passent leurs journées en plein air. La belle nature qui les entoure, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, répandent sur ces pauvres filles un calme qui leur est des plus salutaires.



Les Asiles de Laforce
(1878)

Asiles de Laforce : liste des bâtiments & résidents

La Famille - Béthesda - Ében-Hézer - Siloé - Béthel - Le Repos - La Retraite - La Miséricorde

Notice historique de la fondation des Asiles de Laforce par John Bost (1878)

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