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John Bost

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Siloé

« Et comme Jésus passait, il vit un homme aveugle dès sa naissance.

Et ses disciples l'interrogèrent, disant : « Maître ! qui a péché : celui-ci, ou son père, ou sa mère, pour être ainsi né aveugle ? »

Jésus répondit : « Ni celui-ci n'a péché, ni son père, ni sa mère : mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Il me faut faire les œuvres de celui qui m'a envoyé, tandis qu'il est jour : la nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler. Pendant que je suis au monde, je suis la lumière du monde. »

Ayant dit ces paroles, il cracha en terre, et fît de la boue avec sa salive, et mit de cette boue sur les yeux de l'aveugle : et lui dit : « Va, et te lave au réservoir de Siloé » (qui veut dire Envoyé). Il y alla donc, et se lava, et il revint voyant. »

(Évangile de Jean, 9, 7)

En hébreu : שלח

En grec : Σιλωάμ

Situé au Bourg d'Abren.

Inauguration : le 1er août 1858.

Siloé et Béthel : Monographie historique sur les pavillons du Bourg d'Abren, par A. Obénich , in Notre prochain (1967) : I & II - III


Rapport sur les Asiles de Laforce
(1878)
Siloé

Asile pour des garçons :
1° infirmes ou incurables ;
2° aveugles ou menacés de cécité ;
3° idiots ou imbéciles.



Cet asile compte quatre-vingt-un garçons : ils sont tous incurables, infirmes, aveugles, idiots. « Vous pourriez écrire une belle histoire sur les Misérables, » nous disaient quelques amis en sortant de Siloé. Puis ils ajoutaient : « Et toutefois, ces chers garçons n'ont pas produit sur nous l'effet de tristesse que nous avions emporté de Béthesda. »

Les avis varient : plusieurs amis trouvent que Siloé est l'image de la souffrance peinte en couleurs sombres et sans rayon de lumière.

Pour nous, qui dirigeons l'œuvre, nous ne saurions faire aucune distinction. Siloé est l'asile de la souffrance. Nous admettons volontiers que lés misères sont plus apparentes, que les difformités ne sont pas aussi bien dissimulées que chez nos filles. La souffrance est antipathique à l'homme : rarement il saura la supporter, et son visage porte l'empreinte de la révolte contre ce mal qui le consume et qu'il ne peut éviter. Ajoutons que nos enfants sont, pour la plupart, occupés aux travaux agricoles : ils sont souvent nu-pieds, ayant comme vêtement l'indispensable. Tout cela ne flatte pas les regards. Pour des personnes qui jugent d'après les apparences, Siloé n'a pas l'aspect souriant de Béthesda.

Les misères abritées dans Siloé sont grandes. Nos garçons nous arrivent habituellement dans un déplorable état, et souvent proche de la mort. Ils ont lutté contre le mal tant qu'ils ont pu, et n'ont consenti à renoncera leur liberté pour entrer dans un asile, que lorsqu'ils ne pouvaient faire autrement. La vie de famille, la liberté, bien que dans l'indigence, ont toujours leur attrait, et de pauvres garçons nous sont venus, épuisés par le mal, par les plaies, et lorsqu'il n'y avait plus pour eux d'espoir de guérison. Des parents pauvres peuvent laisser un fils infirme seul à la maison, ils ne pourraient le faire sans danger pour une jeune fille.

Il y a peu de temps, un pauvre enfant de C..., en Suisse, nous fut amené par sa mère. En le voyant, je lui dis :« Votre enfant ne pourra vivre, pourquoi l'amener si loin de vous ? » Il avait des plaies qui l'empêchaient de marcher, et même d'être assis. Cet enfant était arrivé au dernier période de la phthisie, et le voyage même avait aggravé son état. Ses protecteurs avaient espéré que l'air du Midi, des soins appropriés à son état, le remettraient sur pied, et qu'avec le temps il pourrait être rendu à la société. Le pauvre enfant languit : il soupirait après l'air natal, appelait sa mère, et quelques semaines après il quittait ce monde.

De tels exemples sont fréquents et expliquent pourquoi le nombre des décès est plus grand à Siloé qu'à Béthesda. Nous voudrions refuser de telles admissions. Mais est-ce possible ? Les cas sont souvent si pressants ! Une veuve, un veuf passent leurs journées à l'atelier : le pauvre enfant reste étendu sur un lit de langueur, manquant des soins qui lui seraient nécessaires. —Il pleure et soupire après le retour de sa mère, mais encore celle-ci a peine à pourvoir à son existence, et le pauvre infirme ne reçoit aucun adoucissement.

Qui dira les souffrances, les larmes du pauvre ! Siloé ouvre ses portes à ces chers garçons, mais malgré nos soins, le mal est souvent trop avancé, et ils n'ont passé que peu de jours dans l'asile. Le père, la mère clans leur douleur se sont écriés : « Au moins il n'était pas seul : des amis l'entouraient et ont recueilli son dernier soupir : —il a été aimé, soigné. »

Eh bien, oui ! c'est la mission que Siloé accomplit : il reçoit des restes de vie. C'est, dira-t-on, douloureux pour les directeurs, de soigner des malades sans espoir de guérison. Donner son activité, ses veilles, dépenser sa vie pour de pauvres créatures qui ne viennent que pour mourir, vaut-il la peine de diriger un tel asile ?

Nous n'hésitons pas à dire que c'est une noble tâche, que d'adoucir les souffrances de ces pauvres créatures, et de les entourer par le cœur, car elles ont du cœur : de placer sous leurs yeux les glorieuses espérances de l'éternité, de ce ciel sans douleurs, sans larmes, où elles trouveront dans la maison du Père les joies qui leur ont été refusées ici-bas. L'état sanitaire laisse beaucoup à désirer. Notre infirmerie dans ce moment est remplie. Un pauvre homme que nous avons depuis quinze ans, idiot et semblable à un squelette décline chaque jour. Comment a-t-il pu vivre si longtemps ?

Nous avons mis des poêles dans les dortoirs et dans les infirmeries : des chambres spéciales ont été disposées pour des jeunes gens gâteux ou atteints de maladies infectantes : — ces chambres aussi sont chauffées. Rien n'est négligé pour refaire ces pauvres constitutions.

La classe est toujours fréquentée régulièrement et les progrès sont satisfaisants : un groupe entre autres devrait être peint d'après nature. Peut-être ne résisterons-nous pas au désir de le faire photographier et de vous l'envoyer. Vous aurez une légère idée de ce que sont nos garçons. Les têtes les plus extraordinaires, les physionomies les plus bizarres se trouvent dans notre Siloé. À côté de ces pauvres êtres, nous voyons des enfants intelligents. Hélas ! ils sont infirmes, et nous ne savons quelle vocation nous pourrons leur créer. Quelques-uns cependant font de la vannerie fine, d'autres apprennent, l'état de tailleur.



Les Asiles de Laforce
(1878)
Asiles de Laforce : liste des bâtiments & résidents

La Famille - Béthesda - Ében-Hézer - Siloé - Béthel - Le Repos - La Retraite - La Miséricorde

Notice historique de la fondation des Asiles de Laforce par John Bost (1878)

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